L'Entre-Deux Mondes : Acte VI, scène 1

Publié le par Le Balafré

- Qui sont-ils pour vouloir combattre le Mal?

 

- Des Maîtres du Brasiers.

 

- Pourquoi font-ils cela?

 

- Personne ne le sait, mon fils.

 

 

Ecrits non référencés.

 

 

 

 

 

 

- Le Faiseur de Pierre ne viendra pas ce soir.

 

La Palpeuse Béarnaise, sa soeur, avait le masque des jours funèbres.

 

- C'est cette salope de Töva qui lui a transmis le Mal! s'exclama le Paradoxal

 

- Alors moi je dis, déclara le Faiseur d'Idylle, j'ai eu chaud parce qu'il ?tait dans mes intentions de me la taper!

 

Les Guerriers se dressaient à présent devant l'entrée du Trou des Rondes. Le Sournois, le "presque Combattant", était là : attentif, il ne parlait pas. Son visage s'ouvrait à la vie; bientôt sa conversion serait terminée.

 

A l'intérieur du bouge, l'odeur de l'Ivresse Jubilatoire était omniprésente. Il n'y avait plus ni femmes ni hommes mais des corps imbibés de Fluide gesticulant comme des pantins de cirque.

 

Hélas, il était, encore une fois, trop tard. Plus question de mettre le Feu dans ces âmes liquéfiées et inanimées.

 

Les danses du Faiseur d'Idylle ou du Balafré ne firent rien. La Voleuse de Houblon fut submergée par ses hormones sexuelles. Un brun ténébreux la fixait depuis longtemps sans jamais détourner son regard obsédant.

 

Je me le ferai bien, se dit-elle, l'oeil pétillant et furtif.

 

Au premier étage, avachi sur un fauteuil, le Créateur Cruel sombrait dans l'inconscience de l'Ivresse Jubilatoire : la tête entre les jambes, les bras pendant sans vie le long du corps, la cuisse molle, le sphincter relâché;  son voyage dans les spirales de l'oubli débutait : il remontait les canaux de son enfance, se remémorant la confiture de rutabaga de tante Amélie qu'il étalait avec malice sur le pelage du chien de la voisine, Dagobert; le pauvre animal avait tôt fait d'être envahi par une colonie d'abeilles, de guêpes, d'ours et de fourmis.

 

Un jour, après de multiples séjours à la clinique, le chien Dagobert se jeta sur le Créateur Cruel enfant et le secoua violemment.

 

Cette secousse, il semblait la revivre ici à des milliers de lieues de sa terre natale : il sursauta et sentit une main velue et moite lui molester l'épaule; sa vision se clarifia et il découvrit le faciès taillé au couteau d'un des gardiens du bouge. Il lui parlait mais ne comprenait rien. Cependant, la bave écumante qui jaillissait comme un geyser par la fente béante qui lui servait de bouche, avertissait le Créateur Cruel d'une éventuelle rixe. Il décida d'éviter le combat au corps à corps, se leva et fit signe au molosse que tout rentrait dans l'ordre.

 

Il se dit qu'une danse lui ferait le plus grand bien et rejoignit ses compagnons sur la piste.

 

En son absence, les MDB avaient tenté de mettre le feu. Ils avaient gagné quelques batailles, avaient réussi quelques coups d'éclats mais la guerre n'était pas jouée.

 

Pour rompre avec l'inactivité des Guerriers, l'Inaccessible Nachspielienne émit son envie :

 

- Je me ferai bien un Nachspiel.

 

- Alors voilà une pensée intéressante, fit remarquer le Créateur Cruel, recouvrant ses forces.

 

- Alors, moi je dis, poursuivit le Faiseur d'Idylle, que cette occasion mérite une amphore de Kosken.

 

Tous les Combattants, exceptée la Palpeuse Béarnaise, saluèrent cette proposition :

 

- Je dois m'occuper de mon frère. Ses délires m'inquiètent.

 

- Mais, c'est si grave que cela? s'inquiéta le Balafré.

 

- Au plus fort de ses fièvres, il prétend s'appeler à Rambo, un nom de ce genre; alors, il prend sa côte de maille, coupée au ras des aisselles, sa culotte près de la raie et il se met à courir et il court de tout son saoul, en criant : Nordique Enragée! Nordique Enragée!

 

- Je vous l'avais bien dit, s'écria le Paradoxal, que cette folle avait contaminé le Faiseur de Pierre! Si ça se trouve, c'est elle qui a bousillé le Briseur de Crasse!

 

- Humpf! Et si c'était notre dernière nuit au Royaume des Vivants? s'horrifia le Taciturne. J'ai le pressentiment que l'on va se faire éclater les viscères par les démons d'Harald : et alors, finis les beuveries dans les bouges, les Ivresses Jubilatoires à ramper sur les tables! Finis aussi les cuisseaux des jeunes donzelles de nos Royaumes...

 

- Oh! Oh! Le Taciturne! interrompit le Créateur Cruel, arrête de nous saper le moral. Ma diseuse d'Image va nous accompagner et mes amis, soyez rassurés, elle nous conduira vers la lumière et d'ici peu, nous serons de retour dans nos foyers.

 

La surprise se dessina sur chacun des faciès rugueux des Combattants :

 

- Dis-nous en plus, s'impatienta le Balafré.

 

- Pas ici. Au sanctuaire.

 

 

Les timbales s'entrechoquèrent.

 

Une forte odeur se répandait dans la Salle des Repas, celle de la Kosken, surnommée la Braise des Glaces. Conservée dans des pains de glace, sa chaleur intense répandait un brasier liquide dans les entrailles des buveurs.

 

Liqueur des Seigneurs des Eléments, la Kosken puisait ses qualités de son voyage initiatique lors de sa fabrication : des contrées les plus septentrionales aux régions des terres australes, cette Eau de Vie divine se modifiait dans les alambics des bouilleurs de crus.

 

Autour de la Table de la Salle des Festivités, les Maîtres du Brasier observaient l'amphore de Kosken avec ce même respect que leurs ancêtres avaient eu bien avant eux.

 

- Que fiche le Créateur Cruel? s'impatienta l'Inaccessible Nachspielienne. Ce breuvage nous attend : ne lui faisons pas affront! J'ai envie d'apaiser cette soif qui me titille l'épiglotte.

 

- Il dort, r?pondit le Balafré, revenant du premier étage. Il est affalé sur sa couche.

 

- Bon. Alors je commence toute seule.

 

- Oui, oui! Vas-y, répondirent en coeur les mâles MDB.

 

- Hum, vous n'êtes que des petites gueules!

 

Et l'Inaccessible Nachspielienne débuta sa longue quête de l'Ivresse Jubilatoire, tandis que la Diseuse, au bras du Balafré, inscrivait la scène pour l'éternité.

 

La jeune femme enchaînait les boks de Kosken sans montrer une quelconque faiblesse; elle décida d'une pause dans ses coudées :

 

- J'ai peur pour la Voleuse de Houblon.

 

- Pourquoi cela? demanda le Balafré.

 

- Un pressentiment. Cet inconnu qu'elle a rencontré à l'Entre-Deux Monde ne m'inspire que de la crainte. Je crois que la Voleuse et lui vont se positionner genre horizontal avec pénétrations et frottements intimes d'ici peu.

 

- Et alors, où est le mal? questionna le Faiseur d'Idylle.

 

- Harald veut peut-être lui tendre un piège, vicieux comme il est.

 

- Comment veux-tu qu'il s'y prenne s'en que l'on s'en aperçoive? posa le Balafré.

 

- Si un virus lui est injecté, elle est perdue : il n'agira que lorsque nous serons revenus dans nos Terres et de façon inattendue.

 

- Des séquelles? s'inquiéta le Faiseur d'Idylle.

 

- Oui. La disparition de sa Flamme Intérieure. A jamais.

 

- Mais, s'exclama le Paradoxal, cela signifierait son bannissement de la Confrérie!

 

- Et nous n'y pourrons rien, acheva le Balafré.

 

L'Inaccessible Nachspielienne poursuivit sa longue quête tandis que les autres déliraient sur leurs thèmes préférés, comme pour chasser leurs idées noires :

 

- Alors, moi je dis, constata le Faiseur d'Idylle, il nous reste deux jours avant qu'Harald ne dispose de tous les pouvoirs en ses terres; et, je n'ai toujours pas pu me faire une viking!

 

- Humpf! Moi, demain, je me noie dans le Fluide Doré. Tant pis, si j'y reste, je n'ai plus rien à perdre! s'emporta le Taciturne.

 

- Au fait, les Hommes, s'écria soudain la saoularde, après demain, c'est l'anniversaire du Faiseur de Pierre! Nous pourrions profiter de cette montée d'énergie, pour baiser tous ses fils de rebus de copulation?!

 

- Excellente idée! s'écria le Faiseur d'Idylle. Si on s'y met tous, on peut bousiller ni une ni deux la gangrène d'Harald!

 

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