L'Entre-Deux Mondes : Acte VIII, scène 3

Publié le par Le Balafré

Ô! Pouvoir obscur

 

Qui de droit abject

 

Répand ta pourriture

 

Sur notre Peuple qui respecte

 

La source de la Vie,

 

Son unique Trésor

 

Son ultime Acquis

 

De son Combat à mort.

 

 

Complainte de pêcheur Nordique - non datée.

 

 

 

 

 

Starcore, base spatiale.

 

 

- Incroyable! Tout est redevenu normal!

 

- Mais qu'est-ce qui s'est passé au juste?

 

- Si je le savais, Kelly, si je le savais... De toute évidence, on a eu affaire à une annulation de l'univers une infime fraction de seconde; ensuite, une forme instable s'est installée entre chaque molécule préparant le chaos tel que nous le définissons. Et, là, il s'est repassé autre chose!

 

- Quoi?

 

- J'en sais rien. En plus, l'épicentre de tous ces phénomènes est terrien. Ouais, quelque part en bas, quelque chose a failli détruire l'univers et quelque autre chose l'en a empêché.

 

- Dieu?

 

- Dites pas de conneries, Andrew.

 

 

Palais des Glaces Maudites - Salle du Trône d'Harald.

 

 

Le Cristal du Miroir Anentropique gisait sans éclat sur le sol. La salle du trône avait subi un tel choc en retour que chaque fauteuil était brisé. Projeté de son trône sous le choc, Harald tentait en vain de se relever : il se décida à ramper. Sa culture mystique l'avait détourné du cristal un instant avant l'assaut de Firelord; une partie maléfique de lui était morte alors dans ce combat. Il arriva enfin à toucher son cristal, qui s'éclaira à nouveau, faiblement.

 

 

Cité Vierge - l'Entre Deux Mondes.

 

 

Cela ne dura que quelques secondes. Pourtant, il semblait aux MDB qu'ils leur avaient fallu une heure pour reprendre conscience de leur retour physique au milieu du Bouge. Ils se regardaient, hébétés, réalisant à peine le lieu où ils se trouvaient à nouveau.

 

Comme une vague lente, partant de zéro jusqu'à l'étourdissant, la musique revint soudain dans leurs oreilles, en même temps que plusieurs sensations physiques, comme le mal au crâne, les articulations douloureuses et la soif. Un à un, comme animé image par image, chacun des mâles MDB récupéra son armure et la revêtit.

 

La Porte Mystique s'était refermée. Le Créateur Cruel frissonna : "votre agonie spirituelle sera éternelle, crucifiante!"... Le Guerrier de Glaces ne s'était pas douté qu'il avait parlé pour lui-même...

 

Les Combattants se rendirent compte des félicitations que leur adressaient les derniers occupants du Bouge; à leur tour, ils remercièrent leurs alliés spontanés et sortirent.

 

La nuit était presque tiède. Quelques bouffées de vent froid s'engageant encore ici ou là, mais quelque chose avait changé.

 

- C'est pas fini, dit le Faiseur de Pierre.

 

- Pourtant, moi je dis, on se l'est bien torché, ce pédé de Guerrier des Glaces! s'enthousiasma le Faiseur d'Idylle.

 

- Ca, pour l'avoir torché..., on lui a cassé sa boîte à caca, rajouta finement le Balafré.

 

- Harald n'a pas abandonné, pas encore, dit la Palpeuse Béarnaise, humant l'air de la Cité.

 

- Reste plus qu'un endroit où sa magie peut agir.

 

- Et c'est? demanda le Créateur Cruel.

 

- La Cité des Toits Célestes...

 

- Moi, je préfèrerai aller au Bouge Sombre.

 

- Paradoxal, merde.

 

- Allons-y, dit le Faiseur de Pierre.

 

 

 

Palais des Glaces Maudites - Salle du Trône d'Harald.

 

 

Harald prit conscience de la dualité qui s'exerçait en lui; cette part maléfique qui était née de son arrivisme, l'avait submergé et l'avait totalement dirigé. Les MDB, dans leur combat, avaient détruit une part de cette hydre. Intérieurement, Harald commença à lutter contre les restes de ce chancre, encore bien vivace. Néanmoins, cet alien ravageur continuait de régenter ses pensées, ses actes : Harald se mit à sourire quand le Cristal brilla d'une nouvelle lueur bleutée.

 

 

Devant le Bouge, "la Cité des Toits Célestes".

 

 

L'Inaccessible Nachspielienne émit un sourire à la vue de la Statue de la Liberté en miniature qui se dressait à l'entrée du bouge : jamais la décoration suspecte du lieu n'avait été aussi appropriée.

 

A l'intérieur, l'environnement fut d'emblée hostile. Pénombre majoritaire, trouées de lumières noires disséminées, stroboscopes dénaturants. La réalité et une musique synthétique qui venaient pourrir la vie du Créateur Cruel. Le lieu semblait avoir choisi son camp, prêt à aider les sombres desseins d'Harald. Le mélange de l'atmosphère et de ce que le Balafré et le Faiseur d'Idylle persistaient à appeler "musique", créait une étrange alchimie, concentrée sur la piste de danse, qui transformait les danseurs en pantins d'ombre froide - ressortissants glacés qui pourraient à la longue constituer une armée.

 

Certes, l'emprise maléfique avait sensiblement faiblie mais elle restait présente; les MDB le ressentirent. Ereintés de leurs récents combats, ils optèrent pour une tactique de relais, occupant constamment à deux ou trois la piste, faisant luire leur Flamme Intérieure qui ne ressemblaient plus qu'à de vagues flammèches. Les derniers réseaux d'énergie du Cristal d'Harald trouvaient ainsi une ultime opposition, de même force; le tout était de savoir qui durerait le plus longtemps : l'affrontement dans l'Entre Deux Mondes cédait la place à une guerre d'usure.

 

 

Palais des Glaces Maudites - Salle du trône.

 

 

Une part d'Harald luttait toujours. Ce n'était qu'une goutte d'eau sur un bloc de glace, mais la détermination du monarque, toujours sous l'emprise maléfique du Cristal, forçait le respect.

 

 

La Cité Vierge - Bouge "La Cité des Toits Célestes".

 

 

Le Balafré tenait bon, ne s'accordant que peu de répit.

 

Le Faiseur d'idylle, en désespoir de chairs fraîches, le suivait de près. La voleuse de Houblon avait cédé à son péché mignon et avait choisi de faire goûter son butin au Créateur Cruel qui n'en demandait pas tant. Le Faiseur de pierre rôdait dans le Bouge, prenait langue ici, retrouvait une connaissance là. Le taciturne, perdu dans son Fluide Doré, se défaussait de ses relais, se remémorant ses rares exploits de vétéran.

 

Le Paradoxal amusait la galerie en "dansant" avec la Palpeuse Béarnaise quand celle-ci ne devisait pas gaiement avec le représentant de l'ordre du Bouge. L'Inaccessible Nachspielienne, la plus fraîche de tous, virevoltait dans le bouge comme à son habitude.

 

Le combat semblait suspendu : les forces rivales déclinaient simultanément, l'égalité des pouvoirs s’installait et le statu quo se profilait à l'horizon.

 

Soudain, l'hymne du bouge retentit : le lieu allait fermer, entérinant un combat final avorté. Les MDB avaient besoin d'une victoire totale : si le cristal parvenait à se régénérer, ils ne seraientt pas sûr de pouvoir le contenir à nouveau. Néanmoins, aucun d'entre-eux ne se sentaient assez forts pour un ultime assaut; Le Balafré et la Palpeuse Béarnaise tentèrent de jouer le coup sur la synergie, rassemblant tous les MDB sur la piste, sur les dernières mesures de l'hymne : en vain, le cristal avait liquidé lui aussi tout son influx. C'était fini. Le danger persisterait sur la Cité Vierge.

 

Vidé de sa musique, le Bouge retrouvait une ambiance plus humaine. Et puis... Et puis, tout alla très vite. Une Joute du Tas s'improvisa, totalement spontanée. La Voleuse de Houblon se jeta à son tour sur l'amoncellement grouillant. Le Taciturne, le Créateur Cruel, le Faiseur de Pierre, l'Inaccessible Nachspielienne, la Palpeuse Béarnaise, tous vinrent s'y rallier, trouvant des forces cachées, agissant par réflexes ou puisant sur leurs nerfs, tant leurs organismes étaient exsangues. La Flamme qui naquit était bien pâle encore, elle aurait à peine éclairé cette partie du bouge. Mais elle suffit. De loin, elle fut la moins brûlante des flammes créées par les MDB sur les Terres Nordiques. De loin, elle fut la plus belle.

 

Le Cristal n'y résista pas : son éclat bleuté vacilla puis s'éteignit, et le cristal vola en éclat dans toute la salle du trône...

 

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