L'Entre-Deux Mondes : Acte V, scène 4
- törak! tôrak!
Ainsi beuglait le Monarque despotique en son palais.
Des bruits de pas cadencés retentirent, s'accélérant toujours plus rapidement alors que la voix d'Harald forçait.
Le vieux chambellan entra en sueur dans la salle monarquale. Il ressemblait à un pantin de cirque avec son uniforme noir trop large pour sa minuscule charpente :
- Votre Splendeur Immaculée... commença-t-il.
- Epargne-moi tes ronds de jambes, vieille croûte moisie! lança le Roi. Dis-moi plutôt comment ces Guerriers de l'Au-delà des Fjords ont réussi à convertir mon espion?!
Un rictus déforma le visage du vieillard, le rendant encore plus pitoyable :
- Majesté Glaciale, nous apprenons chaque jour, hélas trop tard à chaque fois, que ces Combattants disposent d'armes secrètes.
- Et quelles sont-elles? Parle ou je te découpe en lamelles!
- Un chant, Divinité Redoutée, un chant de rage et initiateur d'un champs de force.
- Un chant? Tu veux dire que mon pouvoir ténébreux s'est fait anéantir par une simple mélodie de merde?!
- Il l'appelle : le Chant des Pierres Dures.
- Mais encore...
- Ce chant appartient à la caste des Forts Cailloux, votre Magnificence Neigeuse. Les danseurs entrent dans une transe, mêlant sueur, alcool et phéromones : leurs forces musculaires se décuplent tandis que leurs corps se contorsionnent dans tous les sens et rien ne peut entraver leurs démences. Pas même votre magie.
- Ma magie, elle t'emmerde, chambellan! Tu feras une bonne pâture pour les bêtes immondes de mes douves. Ton insolence et ton incompétence réveillent douloureusement mes hémorroïdes intestinales et je ne puis souffrir qu'un vieil homosexuel aigri et asséché continue à me servir.
Sur un signe de tête du Monarque, deux molosses surgirent pour saisir le pauvre chambellan qui tenta vainement de s'extirper des poignes de ses tortionnaires.
Avant que le trio ne disparaisse dans la pénombre du palais, le vieillard réussit à lécher ses dernières paroles :
- Roi Harald! Ton temps est révolu. La mort chasse la vie qui chasse la mort : Tout n'est que recommencement. La neige va fondre au soleil, l'Iceberg se consumera sous le brasier.
Le despote souriait :
L'iceberg se consumera sous le Brasier...Poète à ses heures, pensa-t-il, ses dernières heures.
Il éclata de rire, ce rire caverneux et froid.
- Vieux débris! J'ai toujours des pions sur l'échiquier! Meurs en paix!