L'Entre Deux Mondes : Acte V, scène 1

Publié le par Le Balafré

Le rêve n'est que le brouillon de la vie...

 

 

Pensée du Sage Helig de la Confrérie Anachronique.

 

 

 

 

 

La fête battait son plein.

 

Dans la Salle des Repas, la Hyène des Neiges et l'Aréole Pulpeuse concoctaient secrètement le Glog, ce breuvage aux nombreux effets secondaires indésirables.

 

Impatients, les Combattants, seuls, entamaient déjà les Amphores de leur Royaume en entonnant des chants guerriers. La fée du Flan Mystique courrait de toutes parts, s'affairant tantôt dans la Salle des Repas, tantôt dans la Salle des Festivités.

 

Les autres Gardiens observaient la Caste des Combattants sombrer dans l'Ivresse Jubilatoire. Ils ne ressentaient aucune pitié : au contraire, ils les répugnaient!

 

Dès le Festin débuté, l'Inaccessible Nachspielienne chercha des conseils auprès du Balafré dans le choix des Liqueurs Pourpres :

 

- Je te conseille le Château Montbazillac, avait dit le Balafré. En rajoutant :

 

- Sois méfiante et patiente car cette liqueur est insidieusement forte et n'agit que très lentement sur ta Flamme Intérieure.

 

- M'en fous! Elle avala une lampée pantagruélique. C'est super bon, le Concucadillac!

 

- Non, Amie! Montbazillac! rectifia le Guerrier.

 

Les convives s'animaient autour des ripailles : il y avait tous les mets de la Région de la Haute Muraille : cet endroit magique où la légende disait qu'une déesse, Pyrène, enfanta deux jumeaux.

 

L'un avait crée la souche du peuple des Bigourdans, tandis que l'autre engendrait celle des Béarnais. La rivalité entre les deux divinités se transmit aux deux peuples humains. Mais dans leur sagesse, les Dieux inventèrent un jeu : la Joute de l'Ovalie. Elle avait un rôle social et évitait massacres, famines, haines et violences. Pendant neuf cycles de Lune, une équipe de chaque peuplade s'affrontait sur l'Autel de l'Ovalie, sorte de prairie partagée en deux camps. Trente combattants, trente Guerriers fiers et virils luttaient pour s'approprier l'Ovalie et la déposer derrière le champs des adversaires.

 

A main nue, en respectant des règles antédiluviennes, chacun tentait soit de plaquer à même le sol soit de transmettre l'Ovalie.

 

Il y avait parfois (souvent même) des incidents : des nez éclatés, des yeux arrachés ou enfoncés, des bourses ballotées, des dos piétinés, des dents brisées : tel était le lourd tribut que payait de sa personne le Meneur d'Ovalie, évitant ainsi aux siens les horribles tueries et les guerres interminables avec leur chapelet de malheur.

 

Chaque Joute était un jour de fête et le peuple en profitait pour noyer ses chagrins dans le Fluide Doré.

 

Tandis que le repas avançait, la Liqueur de Montbazillac baissait de volume : verre après verre, l'Inaccessible Nachspielienne vidait consciencieusement l'Amphore, tout en justifiant de sa qualité :

 

- Y...y est bon le Bonbazillac!

 

- Montbazillac, corrigea le Balafré, Montbazillac!

 

L'heure du nouveau cycle approchait : les esprits s'échauffaient tandis que les immondices envahissaient le sol de la pièce. Une bonne partie du repas se trouvait écrasée, incrustée dans les rainurages du parquet ainsi que sur la table et les couches.

 

Dans le Faiseur de Froid, des dizaines d'amphores de Fluide Pétillant attendaient que l'on veuille bien les ouvrir.

 

Pendant ce temps, l'Inaccessible Nachspielienne continuait son entreprise :

 

- Y...Hip...Y est bon, ton troufignac!... Hip!

 

- Montbazillac! cria le Balafré. Montbazillac!

 

Les deux aiguilles de la vieille horloge se joignirent en pointant leur extrémité vers la voûte céleste.

 

Il était minuit...

 

Dans un vacarme assourdissant, Guerriers et Combattants se ruèrent les uns contre les autres et se souhaitèrent bonheur, prospérité et sexualité; laissant par là même, dans cet instant magique, leur vieille inimitié.

 

Sortis pour l'occasion, des Lanceurs de Rayons Collants projetaient leurs faisceaux, zébrant de leur halo l'obscurité de la Salle.

 

 

Le Faiseur de Pierre avait vidé son lanceur sur la figure du Taciturne :

 

- Humpf! Vengeance, cria-t-il, vexé.

 

La Palpeuse Béarnaise s'occupa de la seconde couche : la bouche obstruée, il ne pouvait plus protester. Stoïque, il encaissait l'affront symbolique. Les embrassades se poursuivaient, tandis que partout, les Vikings manifestaient leur joie en envoyant des Boules de Feu vers les étoiles scintillantes.

 

Attirés par les fracas de la Cité Vierge, les Conquérants sortirent pour admirer les flamboiements. Tous titubaient. Tous, sauf les Gardiens, qui n'avaient pris aucun Fluide Doré comme à leur habitude.

 

Comme pour communier avec ce peuple qu'ils devaient libérer des ténèbres, les Combattants allumèrent quelques torches. Exercice périlleux en situation précaire. A chaque envolée, des cris et des rires accompagnaient les Boules de Feu.

 

Soudain, le drame. Parti pour allumer une torche, le Faiseur de Pierre ne vit pas les plaques de neige vitreuse que la magie sombre d'Harald avait créée. Lorsqu'il voulut s'éloigner du foyer incandescent, ses pieds glissèrent et il perdit son équilibre, sous les yeux atterrés des Maîtres du Brasier.

 

Le choc fut lourd, mais heureusement, grâce à son potentiel physique, le Faiseur de Pierre put amortir la chute.

 

- Le Faiseur de Pierre n'est pas en état, susurra le Balafré à l'oreille du Faiseur d'Idylle. Cela m'inquiète pour la suite.

 

- Et la nuit ne fait que commencer! lui répondit son ami.

 

L'incident fut rapidement oublié, sauf pour le Faiseur de Pierre, qui montrait des signes de faiblesse de plus en plus évidents.

 

A présent, le ciel de la Cité Vierge ressemblait à un gigantesque kaléidoscope : un épais voile de fumée, du à la combustion des torches, obstruait la voûte étoilée.

 

Peu de temps après, les Maîtres du Brasier prenaient la direction du centre des Faubourg où la liesse populaire battait son plein.

 

Dans la nuit de cette nouvelle lune, les gens s'abîmaient dans l'alcool et la luxure.

 

Les Combattants pénétraient en file indienne à l'intérieur de l'Autel du Bruit, avec le regard perdu, le gosier asséché. Le vacarme assourdissant de la musique ne les touchait même pas. Seuls, les chocs entre les boks de Fluide Doré les faisaient frémir dans un spasme étrange et inquiétant. La voleuse de Houblon se surpassait en dérobant bok sur bok, dans son style unique et néanmoins efficace. Le Paradoxal, le Faiseur d'Idylle et le Balafré se déhanchaient comme des forcenés sur la piste de danse. La gente féminine ne semblait pas insensible à leur parade.

 

A l'écart, le Taciturne continuait son approche vers l'Aréole Pulpeuse, s'appliquant sur chaque contorsion de son corps qui se roulait en rythme avec la musique.

 

Sur la piste, il n'y avait plus personne. Les Vikings avaient fui. Pourtant, les Guerriers avaient gagné quelques batailles, réussissant quelques brillants coups d'éclats mais la guerre n'était pas jouée.

 

De loin, le Créateur Cruel cherchait du regard le Faiseur de Pierre; on ne l'avait pas vu de la soirée. Fatigué, malade, il n'était que l'ombre de son ombre dans la pénombre. Ses yeux s'embrumaient de larmes.

 

- Toute cette masse de muscle sans vie, sans énergie. Merde! Mais qu'est ce qu'on fout!

 

L'Inaccessible Nachspielienne se leva et proposa de finir la soirée en Nachspiel chez sa mère, la Grande Prêtresse.

 

Les Gardiens se désistèrent : la Fée du Flan Mystique se cramponnait au Bourdon, titubant de tout son saoul, le Sournois avait disparu alors que l'Ecorché Vif roucoulait avec la Hyène des Neiges, quelque part.

 

La Palpeuse Béarnaise décida de rapatrier son frère d'urgence, avant qu'il ne sombre dans les ténèbres.

 

Les deux groupes de MDB se séparèrent, les uns pour chercher le sommeil, les autres pour le fuir.

 

Publicité
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article