L'Entre Deux Mondes : Acte IV, scène 2

Publié le par Le Balafré

"Humpf!"

 

 

Réflexion du Taciturne.

 

 

 

- Hé! Balafré!

 

- Quoi, Faiseur d'Idylle?

 

- Tu crois qu'ils sont arrivés?

 

- Qui?

 

- Ben, les pète-couilles!

 

- Sûrement.

 

- Tu vas voir?

 

- Non!

 

- Hé! Balafré!

 

- Quoi, Faiseur d'Idylle?

 

- A ton avis, la gardienne, c'est un bon coup?

 

- Peut-être.

 

- Ca te plairait, toi, une Gardienne?

 

- Non.

 

- Moi non plus!... Quoi que si fallait vraiment y passer, absolument...

 

- Hé! Balafré!

 

- Quoi, Faiseur d'Idylle?

 

- Tu crois qu'on pourra encore parler cul à table?

 

- Non.

 

- Putain! Merde! L'enfer... Et si on faisait comme si rien n'avait changé?

 

- Non.

 

- Ben pourquoi?

 

- Parce que ce sont des Gardiens! Quand tu les vois, t'as qu'une envie, c'est de t'enfuir très loin en versant toutes les larmes de ton corps.

 

- Hé! Balafré!

 

- Quoi, Faiseur d'Idylle?

 

- J'ai comme une envie de péter!

 

- Pète mon ami, pète!

 

- Tu crois qu'on pourra péter en paix?

 

- Non.

 

- Putain! Merde! L'enfer...Et, des pas bruyants, genre discrets et rapides?

 

- L'odeur, Faiseur d'Idylle, l'odeur!

 

- Ah! Ben oui, affreux, affreux, affreux!

 

- Hé! Balafré!

 

- Quoi, Faiseur d'Idylle?

 

- Tu crois que je vais m'en chopper une avant la fin?

 

- De quoi?

 

- Ben une viking pardi!

 

- ça dépend.

 

- ça dépend de quoi?

 

- De leur envie.

 

- De moi?

 

- Non! De t'éclater la gueule ou de te rire au nez!

 

- Connard!

 

Soudain, surgissant de derrière la porte, le Taciturne d‚boula dans la chambre.

 

- Humpf! Humpf! Humpf! Beugla-t-il, tout en se dandinant.

 

- Je crois que les Gardiens sont là, admit le Balafré en analysant les mimiques du Taciturne.

 

- Le Paradoxal dort encore? demanda le Faiseur d'Idylle.

 

- No se! répondit le Balafré.

 

Sans attendre la réponse, le Taciturne ouvrit la porte et se précipita dans la pièce plongée dans l'obscurité suivi des deux compères.

 

Avec enthousiasme, ils se ruèrent sur le corps endormi du Paradoxal; privé de son armure, il encaissa les coups de butoir. Il trouva cependant la force de sauver une bourse (la droite selon la Légende).

 

Au dessous, les Gardiens attendaient sans mot dire le reste des Combattants. En file indienne, les MDB descendirent les marches, les menant vers leur destin. Le paradoxal avait encore dans son regard et sa d‚marche, les restes de la Joute qu'il venait de subir. Avec une assurance faussement contrôlée, chaque guerrier tour à tour saluèrent les Gardiens :

 

Humpf! pensa le Taciturne, c'est pas avec eux que je vais me taper une bonne Ivresse Jubilatoire à l'Entre Deux Mondes!

 

Alors moi je dis, se dit le Faiseur d'Idylle, je ne me taperai pas la Gardienne!Pouah! Ou alors dans un moment d'égarement sans témoin et avec un coussin sur la tˆte!

 

Ils vont sûrement s'apercevoir que le Briseur de Crasse est niqué, s'inquiéta le Paradoxal, et ça va nous coûter cher!

 

- Je suis ravie de vous rencontrer, déclara soudain la seule Gardienne du Clan. Mon nom est la Fée du Flan Mystique, fille de Petite Huître d'Argile et de Castor le Persifleur. L'Ecorché Vif nous a beaucoup parlé de vous. Elle marqua un temps d'arrêt.

 

-... En bien, évidemment!

 

Et un sourire carnassier apparut sur son visage.

 

Ah ouais? Vraiment? D'accord, pensa le Balafré. Elle nous prend pour des abrutis. Va falloir la jouer fine.

 

Le Faiseur d'Idylle ne put s'empêcher de rétorquer :

 

- Ah bon? D'habitude, on nous traite de gros pédés, de vulgaires, de branleurs de caniches!

 

Il prit, ironiquement un ton hautain en s'adressant au Taciturne :

 

- N'est-ce pas là, cher ami, compagnon d'infortune, la stricte vérité de notre condition humaine?

 

- Humpf! Ouais! Il a raison jusqu'au fond du trou du cul du monde cet homme-là!

 

Les Gardiens, et surtout la Gardienne, fixaient avec stupeur leurs hôtes. Cette succession de vulgarité les ébranlaient jusque dans leur inconscient. Cette même vulgarité qui blessait leur coeur et leur âme; la Fée du Flan Mystique fit une moue boudeuse et dédaigneuse.

 

Oh! Putain! pensa le Balafré, ça commence mal!

 

L'Ecorché Vif n'avait pipé mot depuis le début; il décida de rompre son mutisme :

 

- Bon, moi je vais voir la Hyène des Neiges.

 

Son départ brusque, accentuait encore plus la fracture entre les deux clans, privés de leur seul trait d'union humain.

 

Le Créateur Cruel, parti en reconnaissance dans la Cité Vierge, manquait au Groupe des Combattants. Ses phrases assassines nourrissaient tant leur esprit et leur corps. Sans hésiter, avec la volonté de fuir le contact des Gardiens, les Guerriers prétextèrent de vouloir effectuer leurs ablutions.

 

- Bourdon, mon ami, déclara la Fée du Flan Mystique, ces Combattants sont des rustres, d'une vulgarité et d'une puanteur exécrables!

 

- Oui ma mie. C'est extrêmement regrettable et désobligeant pour notre Caste de devoir coopérer avec ces brutes épaisses, pleines de poils.

 

- Avez-vous vu, ce... comment se nomme-t-il, le Taciturne je crois, quelle manière étrange a-t-il de parler? Et puis ce Faiseur d'Idylle n'arrêtait pas d'examiner mon corsage avec des yeux lubriques.

 

- Ne pestez point, ma mie, nous y mettrons bon ordre, je vous le garantie, foi de Gardien.

 

- Je l'espère mon ami, je l'espère. En attendant, je vais de ce pas nettoyer la Salle des Repas : avez-vous vu dans quel état elle se trouve? C'est une véritable porcherie!

 

- Je vais vous prêter main forte, ma mie.

 

- Excellent, et ensuite, je nous concocterai un festin de Gardien.

 

- Je vous aime, ma mie.

 

- C'est bien, mon ami, c'est bien. Ne cédons pas à nos pulsions avant notre mariage : le corps peut attendre.

 

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