L'Entre-Deux Mondes : Acte II, scène II

Publié le par Le Balafré

Nous avons violé l'âme de ce Royaume... Sur la Place, nous l'avons immolée. Ils ont pleur‚ jusqu'à la fin des ténèbres. Nous étions partis, le coeur ravi. 

 

Anonyme  

 

L'entre Deux Monde était là devant eux. On pouvait entendre le son de la musique au travers la porte d'entrée.  Il faisait froid mais tout le long du seuil du bouge, régnait une douce chaleur. On distinguait à l'intérieur la foule immense, assoiffée pour une partie, saoule pour une autre. Le Chaos semblait y régner, chacun étant comme une infime particule chargée dans un champ magnétique déréglé. Les allées et venues allaient bon train. Les cinq Maîtres du Brasier étaient impressionnés. Ils comprirent que la mission ne serait pas une simple formalité. Le Taciturne était en transe et se dandinait sur place : 

- Humpf!Humpf!Humpf! Bon allez, on y va. 

Et tout le monde le suivit, retenant pour quelques secondes sa respiration. Le contraste avec l'extérieur fut saisissant et les esprits flottèrent pendant quelques moments. Le surveillant, à l'entrée, les observait. Comme s'il avait devin‚ la raison de leur présence. Le Taciturne avait disparu du Groupe. Constatant l'inquiétude sur le visage de ses compagnons, L'Inaccessible Nachspilienne prit en main la situation : 

- Suivez moi, par là. On le retrouvera tout à l'heure. 

Et tous emboîtèrent le pas à l'Inaccessible Nachspielienne sans cesser de scruter les visages trop joyeux et trop excessifs pour être honnêtes. Partout sur les tables, les chaises, le comptoir, traînaient des verres de Fluide Doré : la Voleuse de Houblon se régalait déjà de ce butin à portée de main... Retranchés dans un recoin de la taverne félonne, les cinq Maîtres du Brasier observaient et analysaient la situation : 

- Putain les mecs! cria le Faiseur d'Idylle, y a des « dix-huit » partout ici! Balafré, vise la blonde là-bas, à côté du hell's angel avec une Croûte Bovine!Putain de canon! Alors moi je dis : j'hallucine! 

Le Balafré regarda le Faiseur d'Idylle. Il s'inquiétait pour la santé de son ami. Il se demandait s'il tiendrait le coup face aux charmes, aux atours sensuels des Nordiques. Certaines devaient être des créatures à la solde du Vitrificateur. Et le Faiseur d'Idylle, était la victime idéale pour ces sirènes machiavéliques. Il prit le bras de son ami et le força à le suivre : 

- Viens! On va boire un coup. 

Devant le comptoir, une cohue indescriptible. Derrière, avec un professionnalisme froid et efficace, les serveurs du Fluide remplissaient verres après verres. Tant bien que mal, les deux étrangers se présentèrent devant un des serveurs et le Balafré fit le signe de commande avec ses deux doigts, levés vers le ciel. Le serveur opina du bonnet, pour confirmer. Et en un rien de temps, ils furent servis. Les deux Guerriers se regardèrent et portèrent un toast au Groupe. Soudain, surgissant de la foule hystérique et délurée, deux femelles se campèrent devant les deux hussards conquérants. L'une était blonde, du moins pour une majorité des mêches encore correctes (le reste étant plutôt d’une couleur syphilitique). Elle tenait debout grâce à la promiscuité, prenant appui sur le dos des passants. L'autre fille, la brune, encore plus courte sur patte, se trémoussait délicieusement avec trois types, genre éleveurs de gnous, infirmes de la glande pinéale et des tubercules quadrijumeaux. Elle palpait tout ce qui passait à sa portée. Le Faiseur d'Idylle avait le regard baveux et la langue exorbitée, exsangue. Ses narines frémissantes trahissaient la Nervosité Pelvienne qui l'habitait peu à peu. Il ne voulait toujours pas rejoindre les autres. Il semblait comme possédé par ces "allumeuses perverses". La blonde sentait l'alcool comme la bouillabaisse sentait le poisson. Blanche comme une cuisse de dindonneau, noire comme une polonaise, elle jeta son dévolu sur le Faiseur d'Idylle. Surpris par cette attaque directe, sans ultimatum, ni signe avant-coureur, il laissa échapper quelques précieuses gouttes de son Fluide Doré. 

- Balafré!! cria le Faiseur d'Idylle, elle vient de foutre ses fesses contre ma virilité! J'hallucine! 

Au même instant, Le Balafré sentit une main se poser sur son sexe nonchalamment, tel le papillon se posant sur le calice d'une fleur épanouie. 

- Faiseur d'Idylle! Suis-moi! On retourne voir les autres pour les avertir. Nous ne faisons pas le poids... 

Le Balafré n'avait plus aucun doute : ces deux donzelles travaillaient pour l'Ombre Froide, pour Harald le Vitrificateur. Il se demandait alors s'ils n'étaient pas découverts. Si c'était le cas, cela ne pouvait signifier qu'une seule chose : la présence d'une taupe, parmi le groupe, ou pire, parmi la Confrérie. Lorsque Le Balafré réussit enfin à décrocher les yeux du Faiseur d'Idylle des deux « Mata hari », il pensait en avoir terminer avec elles. Hélas, ce n'était que le commencement... Après quelques verres de Fluide Doré, généreusement achetés, ainsi que plusieurs autres tout aussi généreusement volés (par la Voleuse de Houblon), les Maîtres du Brasier (à l'exception du Taciturne) se rassemblèrent prés de la Table Trouée, où chacun pouvait sans danger exprimer ses talents de danseurs. Les huit combattants présents suaient abominablement. L'Eau Magique n'avait pas eu l'effet escompté et la Flamme Intérieure ne naquit jamais. Bien au contraire, après tous leurs efforts pour tenter d'embraser les lieux, la fatigue s'allia avec le Fluide pour les achever. Le Taciturne, ayant disparu, ils continuaient de boire, sans réfléchir aux conséquences. Deux heures après les douze coups de minuit et comme le veut la tradition, l'Entre-Deux-Monde vomissait toute sa vermine encore sous l'effet du Fluide. A ce moment-là, le Balafré revit la blonde du début de soirée. Elle se dirigeait sans hésiter vers le Faiseur de Pierre, avec, dans son regard, une lubricité ne laissant aucun doute sur ses intentions. 

Oh!Non! se dit-il, Le Faiseur de Pierre va se faire enchanter par la Félonne! 

Le Balafré n'avait pas fini d'analyser ce qui se passait que déjà, les mains s'étaient rejointes, les sourires échangés, les mots doux susurrés. Avertissant Le Faiseur d'Idylle, Le Balafré lui proposa d'essayer de séduire la fille à eux deux et de libérer leur compagnon de son emprise. 

Tels des écarteurs dans l'arène, protégeant le Matador de la femelle perfide, ils s'incrustèrent entre les deux.

Le Faiseur de Pierre souriait de les voir ainsi, comme deux chiens en chaleur se reniflant à tour de rôle, le blastopore d'une chienne du quartier. La tactique restait simple : éloigner le faiseur de Pierre de la Nordique Enragée. Les Guerriers venaient d'apprendre son nom... Soudain, elle prit le visage du Balafré entre ses mains et lui souffla à l'oreille : 

- Ton ami me plait et je veux me le farcir, par la Cramouille royale! 

Oh!Merde! se dit-il, çà! c'est mauvais. 

En fait, la situation empirait. Les MDB n'y pouvaient rien car leur Force s'était éteinte en eux. Bien que le faiseur de Pierre paraissait détaché du sujet, ils se préparaient au pire. L'Inaccessible Nachspielienne et la Voleuse de Houblon achevèrent, inconsciemment, le travail de sape de la traîtresse. En effet, elles proposèrent de finir dans une Auberge d'Ambiance. La Nordique Enragée se rendait compte des pertes de faculté des deux combattantes et elle les exhorta à convaincre les autres de la suivre. Leurs propres forces les poussaient inexorablement vers la gueule ennemie. Le Balafré comprenait alors les inquiétudes du Taciturne, lors du dernier Vorspiel. Ils étaient à présent sans défense et désorientés. Les Chevaliers Impétueux venaient de sortir de l'Entre-Deux-Monde lorsque le Créateur Cruel et le Faiseur d'Idylle aperçurent le taciturne, embarqué dans une Chariote Itinérante, avec deux filles à l'intérieur. Ils crièrent et le taciturne se retourna : son visage respirait l'Ivresse Jubilatoire. Les deux Guerriers réagirent très vite : avant que la porte ne se referme, ils saisirent leur compagnon bourré par une poche de sa braie et, l'extirpèrent de la Chariote. Les deux Félonnes jetèrent des regards furibonds, révélant par la même, leurs mauvaises intentions. Le Taciturne avait déconnecté de la vie réelle; ses "Humpf" ne ressemblaient plus à rien. Pendant ce temps, la Nordique Enragée poursuivait son stratagème persuadant toute l'équipe de la suivre au Bouge des Arts. Le Faiseur de Pierre succombait de minutes en minutes aux éclats oculaires de la perfide Viking. Quant au Taciturne, à bout de souffle, il héla une Chariote et rentra au Sanctuaire.Les Maîtres du Brasier, flanqués devant l'entrée de l'Auberge d'Ambiance, attendaient, frigorifiés et usés. La Palpeuse Béarnaise, l'Inaccessible Nachspielienne et la Voleuse de Houblon trépignaient d'impatience et voulaient pénétrer dans l'enceinte infernale. Nul doute que leur contrôle psychologique s'effondrait : la Nordique Enragée  les avait complètement inhibée. Au seuil de la Perte d'Identité, le Faiseur d'Idylle rassembla ses dernières cartouches de lucidité et déclara : 

- Nous ne pouvons pénétrer dans cette enceinte! Femmes MDB, nous n'avons pas l'autorisation de fréquenter ce genre d'endroits; les Sages ont bien défini les lieux à embraser. Celui-ci n'en fait pas parti! Rentrons!

Contre toute attente, son intervention provoqua un choc émotionnel chez les combattantes, qui suivirent sans commentaires, le Faiseur d'Idylle. Sur le retour, à la recherche d'une Chariote Itinérante, L'Inaccessible Nachspielienne et la Voleuse de Houblon succombèrent à l'Ivresse Jubilatoire. Les MDB n'y pouvaient rien : le mal était fait. Chaque Combattant devait assumer son destin et ses actes. Le Faiseur d'Idylle, Le Paradoxal, la Palpeuse Béarnaise et le Balafré regardèrent les deux jeunes femmes s'évanouir dans les ténèbres du Bouge des Enfers, une Auberge d'Ambiance, interdite aux MDB. Avec cette angoisse de ne jamais plus les revoir...

Soudain, La Palpeuse Béarnaise interpella ces compagnons : 

- Regardez! Là-bas, vers l'Entre-Deux-Monde. Mon frère et la Nordique Enragée! 

Tous se retournèrent vers l'endroit indiqué. 

Ils eurent juste le temps d'apercevoir la félonne prendre le Soldat des Royaumes Libres par la taille, l'embrasser et l'attirer dans les ténèbres...

 

 

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