La Demeure du Passage : Acte 4 - scène 2
La collecte des victuailles ne fût pas de tout repos. Le Balafré et la Discrète Enjouée cherchèrent longtemps une Ferme Communautaire*. Les autochtones se méfiaient des étrangers. Et cette méfiance n'était pas toujours infondée. Beaucoup d'Extérieurs affichaient leurs différences dans une arrogance qui insultaient les habitants de la Vallée.
De fait, les achats se firent rapidement. Seules les victuailles de base furent achetées.
Sur le chemin qui les ramenait vers la Demeure du Passage, le Balafré et la discrète Enjouée purent admirer la majesté de la Haute-Muraille. Les mots devenaient superflus et seule la vue de cette beauté suffisait à leur communion. L'Agitation continue de la Cité du Royaume semblait bien loin au Balafré. Dans ces moments-là, il se demandait toujours pourquoi il avait quitté ces contrées majestueuses pour la tentaculaire Cité, grouillante et puante. Même son obéissance et son devoir envers la Confrérie ne pouvaient expliquer totalement son choix. Il ferma les yeux et des images de son passé affluèrent dans son esprit : il revoyait les Joutes d'antan alors que ses compagnons et lui n'étaient pas encore des MDB, toutes les missions qui lui apprirent la véritable vie, les campagnes du Pailla, celles d'Esparros et du Royaume Viking bien sûr.
Il sortit brusquement de ses divagations lorsque la Discrète Enjouée secoua son épaule pour l'avertir de leur arrivée au Village.
Les ruelles étaient désertes; quelques fermiers, l'échine courbée, travaillaient dans leurs champs, tandis que d'autres surveillaient les troupeaux.
- C'est étonnant, dit la Discrète Enjouée, je n'ai pas vu une seule femelle depuis notre arrivée. Que font-elles toute la journée?
- Je ne sais pas, lui répondit le Balafré. Lors de mon dernier passage, j'en avais vu des tas. C'est curieux. Peut-être préparent-elles le passage du Nouveau Cycle en secret?
- Peut-être oui.
Le déchargement des victuailles se fit rapidement.
Le village reposait.
La Discrète Enjouée et le Balafré supportaient mal cette quiétude exagérée. Le Combattant décida de bouger :
- Discrète Enjouée, si tu le veux bien, je vais te montrer la Source.
- La Source?
- C'est un endroit magique où coule une eau si pure que les gens d'ici disent que ceux qui s'y baignent en sortent à jamais protégés du Mal.
- Et tu y crois?
- Non. Mais je reconnais que le spectacle ne laisse pas indifférent que l'impression de puissance est formidable. Presque féerique.
- Cela me semble plutôt excitant! Allons-y!
En peu de temps, les deux guerriers s'équipèrent pour la randonnée vers la Source. Les nuages bas dans le ciel menaçaient de déverser leur tribut liquide; l'atmosphère s'humidifiait de plus en plus.
Ils traversèrent le Village. Ils ne rencontrèrent personne.
- Il semblerait que notre présence ne les intéresse pas au plus au point, dit la Discrète Enjouée.
Le Balafré sourit :
- Crois-tu vraiment que nous ayons de l'importance pour ces gens-là? Leur quotidien est suffisamment riche pour ne pas s'éparpiller avec des étrangers comme nous. Leur monde n'a pas besoin de nous pour exister.
- Ce sont à moitié des sauvages.
- Non. Ils peuvent envier parfois notre technologie mais au fond, ils préfèrent leur mode de vie au notre.
- J'ai du mal à le comprendre. Ils pourraient apprendre tellement à notre contact.
- C'est à nous d'apprendre. Je ne parle pas de leur culture mais de leur manière d'appréhender la vie. Regarde autour de toi. La nature ici exprime tout ce qu'elle renferme. Le bon n’existe pas, le mauvais non plus, seul l’équilibre règne en maître. Et ces gens le respecte.
- Et nous?
- Nous? Nous avons plutôt intérêt!
A présent, les deux guerriers atteignaient la sortie du Village. A leur droite se dressait l'Antre de la Communion. Le Balafré remarqua un parchemin accroché sur un des battants de la porte d'entrée. Il s'approcha et lut à haute voix :
- Demain grande kermesse en l'honneur du Nouveau Cycle. Joute de la Quine et nombreux lots à gagner. Participation : vingt socles.
- Cela plaira certainement aux autres, excellente idée. Bourses livides! Enfin un peu d'action comme je l'aime! Ce sera aussi l'occasion de vous tester. Il est certain que nous aurons à démontrer certaines de nos qualités lors de cette Joute.
- L'art de cette Joute n'est pourtant pas extraordinaire?!
- C'est vrai, mais c'est tout ce qui a autour qui a de l'importance. Il faut analyser le comportement des gens, se concentrer sur la magie des chiffres.
Les deux promeneurs parvinrent à une bifurcation. Un chien, visiblement âgé au regard de son pelage abîmé, gardait le chemin. Il ne semblait pas méchant. Les Combattants dépassèrent l'animal sans s'arrêter et prirent le chemin obliquant vers la gauche, longeant un ruisseau.
La boue collait sous les sandales des marcheurs. Par endroits, le ruisseau se transformait en un véritable torrent. La Discrète Enjouée et le Balafré ne parlaient que très peu. L'écoulement de l'eau suffisait à remplir l'espace. Quelques passages à guet nécessitèrent une attention toute particulière de la part des deux guerriers : à la moindre inattention, le pied pouvait riper sur une roche mousseuse et humide, provoquant une chute mortelle.
Le relief commençait à s'accidenter et la pente devenait plus rude. Le Balafré s'arrêta net :
La Femelle Ordinaire prêta l'oreille et perçut un grondement sourd venant du haut de l'escarpement en face d'eux.
- La Source?
- Exact! Nous arrivons à ses pieds.
Ils gravirent encore quelques obstacles rocailleux avant de se retrouver en face d'une impressionnante colonne d'eau.
La Discrète Enjouée, bouche bée, admirait cette merveille.
- Par les glandes de Bartoli, j'en ai la chair de poule.
- Que peut-elle m'apporter?
- A toi? Rien.
- Rien? Mais je croyais qu'elle recelait une part de magie?
- Oui, à condition d'entrer en phase avec elle. Tu dois patienter et devenir MDB avant de pouvoir t'imprégner de son aura et de sa bienveillance.
- Tu n'y crois pas, n'est-ce pas?
- Non. Mais là n'est pas le problème. Le Balafré éluda la question par un geste de la main.
- Elle est sensée protéger la Vallée des esprits maléfiques, dit le Balafré. C'est ce que disent les villageois. Elle alimente toute la Vallée en eau.
Le regard du Balafré s'assombrit.
- Quelque chose ne va pas, s'inquiéta la discrète Enjouée.
- C'est étrange mais je ressens une profonde douleur.
- Tu es malade?
- Non, pas moi. La Source. Il se passe quelque chose d'anormal ici.
- Je ne saurai le dire. Allons viens, rentrons.
- Mais tu disais que tu n’y croyais...
- Viens je te dis ! cria le Balafré.
La Discrète Enjouée, troublée, jeta un dernier coup d'oeil sur la colonne d'eau et rejoignit le Balafré en courant. Ils empruntèrent un chemin différent, plus rapide, comme si le Balafré voulait fuir au plus vite cet endroit. La Discrète Enjouée ne lui posa aucune question. Elle ne comprenait plus rien.
En arrivant dans l'arrière-cour de la Demeure du Passage, ils découvrirent deux Chariotes Itinérantes. Le Balafré la reconnut instantanément :
- Ce sont les Chariotes de Côte Flottante et du Paradoxal. Nous devons les avertir de ton malaise.
Bientôt, ils seraient au contact de la population et la mission débuterait alors vraiment. Elle avait reçu un message onirique de la part du Grand Aumônier, lui confirmant que le stock de Substance de Fertilité* serait bientôt au maximum.
Héfène avait donc le champs libre pour exécuter sa terrible mission.
De fait, les achats se firent rapidement. Seules les victuailles de base furent achetées.
Sur le chemin qui les ramenait vers la Demeure du Passage, le Balafré et la discrète Enjouée purent admirer la majesté de la Haute-Muraille. Les mots devenaient superflus et seule la vue de cette beauté suffisait à leur communion. L'Agitation continue de la Cité du Royaume semblait bien loin au Balafré. Dans ces moments-là, il se demandait toujours pourquoi il avait quitté ces contrées majestueuses pour la tentaculaire Cité, grouillante et puante. Même son obéissance et son devoir envers la Confrérie ne pouvaient expliquer totalement son choix. Il ferma les yeux et des images de son passé affluèrent dans son esprit : il revoyait les Joutes d'antan alors que ses compagnons et lui n'étaient pas encore des MDB, toutes les missions qui lui apprirent la véritable vie, les campagnes du Pailla, celles d'Esparros et du Royaume Viking bien sûr.
Il sortit brusquement de ses divagations lorsque la Discrète Enjouée secoua son épaule pour l'avertir de leur arrivée au Village.
Les ruelles étaient désertes; quelques fermiers, l'échine courbée, travaillaient dans leurs champs, tandis que d'autres surveillaient les troupeaux.
- C'est étonnant, dit la Discrète Enjouée, je n'ai pas vu une seule femelle depuis notre arrivée. Que font-elles toute la journée?
- Je ne sais pas, lui répondit le Balafré. Lors de mon dernier passage, j'en avais vu des tas. C'est curieux. Peut-être préparent-elles le passage du Nouveau Cycle en secret?
- Peut-être oui.
Le déchargement des victuailles se fit rapidement.
Le village reposait.
La Discrète Enjouée et le Balafré supportaient mal cette quiétude exagérée. Le Combattant décida de bouger :
- Discrète Enjouée, si tu le veux bien, je vais te montrer la Source.
- La Source?
- C'est un endroit magique où coule une eau si pure que les gens d'ici disent que ceux qui s'y baignent en sortent à jamais protégés du Mal.
- Et tu y crois?
- Non. Mais je reconnais que le spectacle ne laisse pas indifférent que l'impression de puissance est formidable. Presque féerique.
- Cela me semble plutôt excitant! Allons-y!
En peu de temps, les deux guerriers s'équipèrent pour la randonnée vers la Source. Les nuages bas dans le ciel menaçaient de déverser leur tribut liquide; l'atmosphère s'humidifiait de plus en plus.
Ils traversèrent le Village. Ils ne rencontrèrent personne.
- Il semblerait que notre présence ne les intéresse pas au plus au point, dit la Discrète Enjouée.
Le Balafré sourit :
- Crois-tu vraiment que nous ayons de l'importance pour ces gens-là? Leur quotidien est suffisamment riche pour ne pas s'éparpiller avec des étrangers comme nous. Leur monde n'a pas besoin de nous pour exister.
- Ce sont à moitié des sauvages.
- Non. Ils peuvent envier parfois notre technologie mais au fond, ils préfèrent leur mode de vie au notre.
- J'ai du mal à le comprendre. Ils pourraient apprendre tellement à notre contact.
- C'est à nous d'apprendre. Je ne parle pas de leur culture mais de leur manière d'appréhender la vie. Regarde autour de toi. La nature ici exprime tout ce qu'elle renferme. Le bon n’existe pas, le mauvais non plus, seul l’équilibre règne en maître. Et ces gens le respecte.
- Et nous?
- Nous? Nous avons plutôt intérêt!
A présent, les deux guerriers atteignaient la sortie du Village. A leur droite se dressait l'Antre de la Communion. Le Balafré remarqua un parchemin accroché sur un des battants de la porte d'entrée. Il s'approcha et lut à haute voix :
- Demain grande kermesse en l'honneur du Nouveau Cycle. Joute de la Quine et nombreux lots à gagner. Participation : vingt socles.
- Cela plaira certainement aux autres, excellente idée. Bourses livides! Enfin un peu d'action comme je l'aime! Ce sera aussi l'occasion de vous tester. Il est certain que nous aurons à démontrer certaines de nos qualités lors de cette Joute.
- L'art de cette Joute n'est pourtant pas extraordinaire?!
- C'est vrai, mais c'est tout ce qui a autour qui a de l'importance. Il faut analyser le comportement des gens, se concentrer sur la magie des chiffres.
Les deux promeneurs parvinrent à une bifurcation. Un chien, visiblement âgé au regard de son pelage abîmé, gardait le chemin. Il ne semblait pas méchant. Les Combattants dépassèrent l'animal sans s'arrêter et prirent le chemin obliquant vers la gauche, longeant un ruisseau.
La boue collait sous les sandales des marcheurs. Par endroits, le ruisseau se transformait en un véritable torrent. La Discrète Enjouée et le Balafré ne parlaient que très peu. L'écoulement de l'eau suffisait à remplir l'espace. Quelques passages à guet nécessitèrent une attention toute particulière de la part des deux guerriers : à la moindre inattention, le pied pouvait riper sur une roche mousseuse et humide, provoquant une chute mortelle.
Le relief commençait à s'accidenter et la pente devenait plus rude. Le Balafré s'arrêta net :
La Femelle Ordinaire prêta l'oreille et perçut un grondement sourd venant du haut de l'escarpement en face d'eux.
- La Source?
- Exact! Nous arrivons à ses pieds.
Ils gravirent encore quelques obstacles rocailleux avant de se retrouver en face d'une impressionnante colonne d'eau.
La Discrète Enjouée, bouche bée, admirait cette merveille.
- Par les glandes de Bartoli, j'en ai la chair de poule.
- Que peut-elle m'apporter?
- A toi? Rien.
- Rien? Mais je croyais qu'elle recelait une part de magie?
- Oui, à condition d'entrer en phase avec elle. Tu dois patienter et devenir MDB avant de pouvoir t'imprégner de son aura et de sa bienveillance.
- Tu n'y crois pas, n'est-ce pas?
- Non. Mais là n'est pas le problème. Le Balafré éluda la question par un geste de la main.
- Elle est sensée protéger la Vallée des esprits maléfiques, dit le Balafré. C'est ce que disent les villageois. Elle alimente toute la Vallée en eau.
Le regard du Balafré s'assombrit.
- Quelque chose ne va pas, s'inquiéta la discrète Enjouée.
- C'est étrange mais je ressens une profonde douleur.
- Tu es malade?
- Non, pas moi. La Source. Il se passe quelque chose d'anormal ici.
- Je ne saurai le dire. Allons viens, rentrons.
- Mais tu disais que tu n’y croyais...
- Viens je te dis ! cria le Balafré.
La Discrète Enjouée, troublée, jeta un dernier coup d'oeil sur la colonne d'eau et rejoignit le Balafré en courant. Ils empruntèrent un chemin différent, plus rapide, comme si le Balafré voulait fuir au plus vite cet endroit. La Discrète Enjouée ne lui posa aucune question. Elle ne comprenait plus rien.
En arrivant dans l'arrière-cour de la Demeure du Passage, ils découvrirent deux Chariotes Itinérantes. Le Balafré la reconnut instantanément :
- Ce sont les Chariotes de Côte Flottante et du Paradoxal. Nous devons les avertir de ton malaise.
Bientôt, ils seraient au contact de la population et la mission débuterait alors vraiment. Elle avait reçu un message onirique de la part du Grand Aumônier, lui confirmant que le stock de Substance de Fertilité* serait bientôt au maximum.
Héfène avait donc le champs libre pour exécuter sa terrible mission.
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