La demeure du Passage : Acte 3, scène 3

Publié le par Le Balafré

- Je veux être un MDB.
- Pourquoi?
- Pour me battre!
- Quelles sont tes armes?
- Un glaive, un écu et mon armure.
- Insensé! Tu ne seras jamais un MDB. Quitte ce sanctuaire sur le champs. 


Extrait d'une épreuve pour aspirants MDB - Confrérie Anachronique.   
      






La nuit était sans lune et seules les Loupiotes de Guidage* des véhicules laissaient deviner le paysage alentour. Les MDB et leurs disciples avaient quitté la Cité Bigourdane avec une grande discrétion. Les lumières de la Cité s'étaient éteintes et la faune de la nuit remplaçait peu à peu celle du jour, avec ses éclats de rire, des groupes d'hommes et de femelles entassés dans les Bouges chantant à tue-tête des airs du Comté. La tradition s'ancrait encore fortement dans cette partie du Royaume. Ailleurs, dans les Comtés plus au Nord, les choses changeaient. Les Cités devenaient de plus en plus tentaculaires, laissant peu de place à l'humain. En scrutant l'obscurité, le Balafré et le Taciturne tentaient d'apercevoir la Haute-Muraille.  Même ici la vie se transforme, évolue et le rythme s'accélère, pensa le Balafré. Il estimait que le Paradoxal et Côte Flottante, ainsi que le Taciturne avaient de la chance de contempler tous les jours ces splendides montagnes. Les Chariotes s'engageaient à présent sur de minuscules chaussées, signe de la proximité des premiers reliefs. Les trois véhicules suivaient prudemment le tracé de plus en plus sinueux, les machines à explosion crachaient leur énergie, commençant à peiner dans les nombreux lacets successifs.

- Des lumières, au loin là-bas, s'écria la Donneuse de Mouvement, est-ce le Village?
- Nous sommes encore trop loin pour le dire, répondit le Balafré. Il y a plusieurs villages très proches dans la Vallée.
- J'espère que c'est celui-là, avoua l'Instruite Agitée. Mon impatience est à son comble.
- Patience, patience, conseilla le Balafré. La nuit sans lune ne facilitait pas le déplacement du convoi. Pourtant l'instinct poussait irrémédiablement les Combattants vers le village d'Esparros. Une Flamme s'alluma dans le regard du Balafré :
- Là-bas! Regardez ces lumières, c'est Esparros, c'est le Village, nous y sommes!
- 'Tain! Géant! J'en ai le Frisson Ovarien! s'enthousiasma l'Instruite Agitée.
- Et moi j'en ai les mamelles échauffées! s'exclama la Donneuse de Mouvement.
- Calmez-vous, Femelles hormonées, conseilla le Balafré, gardez votre énergie pour les Joutes à venir. Dans l'autre Chariote, les commentaires se bousculaient dans la tête des voyageurs :
- Humpf! Que c'est bon de retrouver ce lieu magique après tant d'années! dit le Taciturne. J'aime à croire que le Village aura gardé toute sa puissance et sa splendeur.
- De quelle puissance parlez-vous? demanda la Donneuse de Mouvement.
- La puissance des Energies de la Nature, du Flux Psychologique créée par Pyrène, la Déesse, notre Déesse, il y a de cela une éternité. Chaque année, dans ce lieu, s'opère la magie des rencontres : Femelles et Hommes se retrouvent pour fonder Famille : on appelle cela la Kermesse des Pucelles.
- Et ça fonctionne? posa Ramsès du Parc.
- Oui, répondit le MDB. Pour tous ceux qui viennent avec passion et humilité. Hum, cela pourrait s'avérer intéressant, pensa Ramsès du Parc.
- Comment peut-on s'y rendre, interrogea la Discrète Enjouée.
- Humpf! Librement, dit le Taciturne. Le pèlerinage est une sélection en lui-même : beaucoup de candidats et peu d'élus. Puis montrant du doigt un bâtiment, le Guerrier poursuivit :
- L'Antre de la Communion où se déroulent les rencontres. Le bâtiment se situait sur une place circulaire, au milieu de laquelle se dressait un pommier gigan-tesque. Le corps principal était totalement en pierre de taille. Il n'y avait aucune décoration extérieure; quelques rares fenêtres laissaient entrevoir l'intérieur. Depuis leur chariote, les MDB tentaient de deviner les caractéristiques de la grande Salle. Le toit en ardoise issue de la Vallée, parfaitement lisse, formait un V pentu sur lequel quelques oiseaux nichaient paisiblement. Les Combattants laissèrent derrière eux l'Antre et se dirigèrent vers la Demeure du Passage. Les deux véhicules s'engagèrent dans une minuscule allée, bordée de ronces et d'arbustes rabougris. Encore un virage à gauche. Ils se retrouvèrent en face de la Demeure.
- Enfin, soupira le Balafré, visiblement rassuré de revoir cette bâtisse empreinte d'un passé glorieux. De l'extérieur, rien n'avait changé : la même cour creusée dans la pente herbue des montagnes avoisi-nantes, la remise à bois au fond aussi délabrée qu'autrefois, la promenade en pierre grise longeant la façade de la Demeure du Passage. En fait, la Demeure se composait de deux corps : le plus imposant pouvait aisément recevoir plus d'une vingtaine de personnes tandis que la petite annexe ne devenait accueillir qu'une dizaine d'âmes. Un crépis gris sale recouvrait tous les murs. Le toit se composait d'ardoises plates traditionnelles. Le Village était calme. Pas le moindre bruit aux alentours; les Combattants parquèrent les Chariotes au milieu de la cour. Comme il avait été prévu, le Taciturne récupéra la clé dans un recoin du mur de l'enceinte. La vieille porte en bois grinça et les uns derrière les autres, les étrangers pénétrèrent à l'intérieur de la Demeure. Pendant un instant bref, chacun s'imprégna de l'odeur, s'imaginant le décor encore plongé dans la pénombre. Puis la Fusion Chaude* emplit l'espace de sa lumière bienfaitrice. Les regards examinèrent alors dans tous les recoins les lieux.
- 'Tain! Génial! s'exclama l'Instruite Agitée.
- Magnifique! renchérit la Donneuse de Mouvement. L'Instruite Agitée s'avança vers la salle des Festivités :
- Il y a même de quoi cuisiner!
- Humpf! Il n'y a pas de Briseur de Crasse• *, lança ironiquement le Taciturne. - Et la cheminée! N'est-elle pas magnifique? demanda le balafré. Son feu nourrit avec douceur et bienveillance l'espace froid de cette Demeure.
- Aurons-nous assez de bois pour réchauffer nos entrailles ? demanda pragmatiquement la donneuse de Mouvement.
- C'est prévu, répondit le Balafré.
- C'est prévu comment? s’inquiéta Ramsès du Parc. Par qui?
- Humpf! Et bien par  Côte Flottante, ...je crois, fit le Taciturne.
- Je vais quand même vérifier. Le Balafré sortit, tandis que le reste du groupe continuait la visite des lieux sous les commentaires passionnés du Taciturne.
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