La demeure du Passage : Acte 3, scène 2
" 'tain, merde!"
Litanie de l'Instruite Agitée.
Cette nuit-là, Odal fit un cauchemar horrible. Il se rappela qu'il avait sombré dans les songes très rapidement. Son esprit vagabonda dans les couloirs de l'inconscience. Il pouvait presque sentir son âme se déplacer à l'intérieur. Une sensation de chaud le rassura malgré l'inconnu vers lequel plongeait son esprit. Qu'allait-il découvrir au terme de ce voyage onirique? Et pourquoi ressentait-il si fort ce rêve comme s'il le vivait réellement? Il désirait se réveiller, prendre Idrane dans ses bras et sentir sa peau vieillie et chaude. Mais rien de tout cela ne se passait. Il continuait son périple. Parfois, il croisait des formes qui ressemblaient à des femmes nues mais cette idée lui paraissait totalement absurde. Soudain, le tunnel déboucha sur une grande salle. En son centre se trouvait un trône majestueux tout en bois sculpté et incrusté de gemmes extraordi-naires. Odal ressentait une odeur de mort, de profonde mélancolie et de haine; c'est alors qu'il vit la silhouette d'un être immobile. L'astre de la Nuit projetait des reflets sur son visage. Odal tressaillit :
- Mon Dieu! Quelle laideur! poussa-t-il. Il regrettait de ne pouvoir fermer les yeux pour échapper à ce spectacle qui l'horrifiait. L'apparence n'est pas fille de jugement, se répétait-il alors, mais son dégoût ne pouvait s'effacer. L'être repoussant parlait à une femelle aussi belle qu'inquiétante. Sa stature lui faisait penser à une guerrière Amazone, des muscles saillants, un regard acéré et pénétrant. Où était-il? Etait-ce vraiment un cauchemar? Il n'entendait pas la conversation entre les deux êtres. Cette scène venait-elle du passé, du futur? Du présent? Mais un métayer comme lui ne pouvait avoir des rêves prescients. Alors? Pourrait-il se réveiller et chasser ces images? Il lui semblait être pris dans les mailles d'un pouvoir obscur, présent en tant que spectateur privilégié; pourquoi? Pour qui? Il pria pour que son épouse le sorte de cette angoissante expérience mais comment l'avertir? Il attendit. Son retour vers la réalité prit la forme d'une caresse dans ses cheveux. Il perçut la voix d'Idrane qui lui parlait doucement :
- Ne bouge pas, dit-elle, tu as fait un mauvais rêve et tu m'as réveillé.
- Je... J'ai crié? demanda Odal encore abasourdi.
- Comme un ours ! Tu es trempé de la tête aux pieds. Quelque soit ton rêve, tu as dû le vivre intensément.
- Qu'ai-je dit? - difficile à dire car tu hachais tes phrases, et les mots n'avaient aucun lien apparent entre eux.
- Essaie de te rappeler, ma mie.
- Il me semble que tu parlais d'un homme très laid et très dangereux sans donner son nom.
Oui, je me souviens, se dit Odal, cette laideur sur le visage.
- Puis, reprit Idrane, tu as sombré dans un délire profond, tu as parlé d'une confrérie qui nous sauverait, quelque chose comme cela.
- Une Confrérie? Quelle confrérie? Je ne comprends rien, je suis fou!
- Tu crois que c'était un rêve de Prescience? Odal se mit à rire :
- Idrane, nous sommes de simples fermiers et tu crois que des Dieux viendraient dans mon sommeil me donner la clef d'une sombre machination mettant en péril tout le Royaume?! Vexée par l'attitude de son mari, Idrane répondit avec force :
- Que connaissons-nous des Dieux? Ce sont des entités tellement complexes!
- Ils sont complexes mais pas stupides. Tous nos soucis actuels me pèsent et je suppose que mon âme s'est fragilisée, d'où ces rêves absurdes.
- Et si c'était vrai, insista Idrane.
- Idrane! Suffit! Arrête avec ces sornettes! Rendors-toi, demain sera un nouveau jour.
Idrane resta éveillée jusqu'au petit matin.
Litanie de l'Instruite Agitée.
Cette nuit-là, Odal fit un cauchemar horrible. Il se rappela qu'il avait sombré dans les songes très rapidement. Son esprit vagabonda dans les couloirs de l'inconscience. Il pouvait presque sentir son âme se déplacer à l'intérieur. Une sensation de chaud le rassura malgré l'inconnu vers lequel plongeait son esprit. Qu'allait-il découvrir au terme de ce voyage onirique? Et pourquoi ressentait-il si fort ce rêve comme s'il le vivait réellement? Il désirait se réveiller, prendre Idrane dans ses bras et sentir sa peau vieillie et chaude. Mais rien de tout cela ne se passait. Il continuait son périple. Parfois, il croisait des formes qui ressemblaient à des femmes nues mais cette idée lui paraissait totalement absurde. Soudain, le tunnel déboucha sur une grande salle. En son centre se trouvait un trône majestueux tout en bois sculpté et incrusté de gemmes extraordi-naires. Odal ressentait une odeur de mort, de profonde mélancolie et de haine; c'est alors qu'il vit la silhouette d'un être immobile. L'astre de la Nuit projetait des reflets sur son visage. Odal tressaillit :
- Mon Dieu! Quelle laideur! poussa-t-il. Il regrettait de ne pouvoir fermer les yeux pour échapper à ce spectacle qui l'horrifiait. L'apparence n'est pas fille de jugement, se répétait-il alors, mais son dégoût ne pouvait s'effacer. L'être repoussant parlait à une femelle aussi belle qu'inquiétante. Sa stature lui faisait penser à une guerrière Amazone, des muscles saillants, un regard acéré et pénétrant. Où était-il? Etait-ce vraiment un cauchemar? Il n'entendait pas la conversation entre les deux êtres. Cette scène venait-elle du passé, du futur? Du présent? Mais un métayer comme lui ne pouvait avoir des rêves prescients. Alors? Pourrait-il se réveiller et chasser ces images? Il lui semblait être pris dans les mailles d'un pouvoir obscur, présent en tant que spectateur privilégié; pourquoi? Pour qui? Il pria pour que son épouse le sorte de cette angoissante expérience mais comment l'avertir? Il attendit. Son retour vers la réalité prit la forme d'une caresse dans ses cheveux. Il perçut la voix d'Idrane qui lui parlait doucement :
- Ne bouge pas, dit-elle, tu as fait un mauvais rêve et tu m'as réveillé.
- Je... J'ai crié? demanda Odal encore abasourdi.
- Comme un ours ! Tu es trempé de la tête aux pieds. Quelque soit ton rêve, tu as dû le vivre intensément.
- Qu'ai-je dit? - difficile à dire car tu hachais tes phrases, et les mots n'avaient aucun lien apparent entre eux.
- Essaie de te rappeler, ma mie.
- Il me semble que tu parlais d'un homme très laid et très dangereux sans donner son nom.
Oui, je me souviens, se dit Odal, cette laideur sur le visage.
- Puis, reprit Idrane, tu as sombré dans un délire profond, tu as parlé d'une confrérie qui nous sauverait, quelque chose comme cela.
- Une Confrérie? Quelle confrérie? Je ne comprends rien, je suis fou!
- Tu crois que c'était un rêve de Prescience? Odal se mit à rire :
- Idrane, nous sommes de simples fermiers et tu crois que des Dieux viendraient dans mon sommeil me donner la clef d'une sombre machination mettant en péril tout le Royaume?! Vexée par l'attitude de son mari, Idrane répondit avec force :
- Que connaissons-nous des Dieux? Ce sont des entités tellement complexes!
- Ils sont complexes mais pas stupides. Tous nos soucis actuels me pèsent et je suppose que mon âme s'est fragilisée, d'où ces rêves absurdes.
- Et si c'était vrai, insista Idrane.
- Idrane! Suffit! Arrête avec ces sornettes! Rendors-toi, demain sera un nouveau jour.
Idrane resta éveillée jusqu'au petit matin.
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