La demeure du Passage : Acte 2, scène 5
Eviter le Combat n'est pas une lâcheté.
Coda du Combattant - Confrérie Anachronique
Héfène regardait ses hommes se préparer. Leur paquetage les rendait un peu pataud. Dès leur approche en Comté de la Haute-Muraille, ils troqueraient leurs armures contre les braies traditionnelles de la Vallée des Baronnies. Pour mieux se fondre dans l’environnement hostile. Le petit groupe s'affairait autour de la Chariote Itinérante. A cause du froid glacial, un véritable nuage émanant des respirations bruyantes des soldats rendait la scène quelque peu mystérieuse. Cela plaisait à Héfène.
Elle avait décidé d'opter pour un commandement de fer. Ses recommandations auprès des soldats avaient été sans ambiguïté : elle tuerait de ses mains celui ou celle qui lui désobéirait ou ferait une faute. Et la tête de la victime prendrait une place de choix dans sa collection déjà bien fournie. Le visage terrifié des Combattants lui donna un indice sur son taux de persuasion.
La Guerrière élabora elle-même sa stratégie de progression : une première voiture partirait en patrouille avec elle à son bord. Le premier contact avec les autochtones devait parfaitement se dérouler.
Suivrait le reste des troupes dans quatre Chariotes Itinérantes, réparties en deux vagues consécutives.
Le noyau féminin du Corps serait réparti sur les cinq Chariotes.
Le Voyage serait long. Héfène n'avait pas prévu plus de deux arrêts. Ils rouleraient toutes les nuits et en cette période, elles étaient longues. Durant le jour, les Guerriers récupéreraient.
Le départ approchait.
Héfène, excitée, trépignait dans le froid. Son désir d'annihiler le village d'Esparros lui procurait une profonde jouissance. Elle représentait en fait un palliatif à sa stérilité. Elle le savait. D'ailleurs, elle redoutait la confrontation entre les Femmes de son Groupe et les femelles Ordinaires du village. Cette haine viscérale qui brûlait dans le sang de ses guerrières risquaient de les démasquer. Elle décida que les intrusions dans le village s'effectueraient par des binômes masculins. Et qu'elle consentirait à quelques ébats sexuels à l'intérieur du Groupe, agrémentés de déviances que seul un peuple stérile pouvait imaginer afin d’atténuer les tensions.
Héfène avait choisi son Régulier pour être des leurs. Elle ne parvenait pas à savoir si la raison du plaisir vénal l'avait emporté sur la raison professionnelle dans son choix. Qu'importe après tout. Tinzo est un bon élément, s'était-elle dit, une fine lame et un tordu sexuel.
Elle se demandait si les Ordinaires connaissaient aussi les délices des Amours Interdits. Avaient-ils eux aussi, un éveil sexuel comme son peuple?
Elle balaya cette pensée par un hochement de tête. Elle tourna son regard vers la Tour Carrée où par une fenêtre éclairée, Azergon surveillait les préparatifs de l'expédition. Elle devinait son visage de vieillard déformé par les années. Derrière ce regard bleu-vif se cachait un être complexe, un véritable symbiote du grand Langued'Oc. A ses côtés, ce simple Ordinaire avait acquis des pouvoirs immenses et son dévouement était à leurs mesures.
Héfène le trouvait attirant. Bien sûr, ses prouesses sexuelles ne devaient pas être exceptionnelles mais elle lui trouvait autre chose. Elle ne pouvait le définir. Simplement, il lui plaisait. Et cela lui suffisait. Elle aimait à le titiller; son âge ne le rendait plus aussi hardi pour dominer ses réactions et Héfène en profitait. Elle se promit qu’en revenant victorieuse de sa mission, elle l’obligerait à plier à ses pulsions sexuelles.
Une ombre s'approcha de celle d'Azergon. Langue d'Oc, le Grand Aumônier des Comtés de l'est. Aussi redoutable que laid. Héfène reconnaissait en lui un stratagème hors-pair. Il avait bâti son pouvoir avec des Grands du Royaume. Il s'était servi d'eux. Certains périrent à la suite de cette collaboration. Son réseau d'infiltration s'étendait, disait-on, dans toutes les Cités du Royaumes des Gaules. Certaines rumeurs faisaient état de ses relations au sein même de la Confrérie Anachronique. Le roi François en personne l'aurait côtoyé dans sa jeunesse et apprécié. Ses états de service pendant la Guerre des Génocides lui avaient permis de devenir le plus puissant des chefs de Comtés. C'est aussi sous son règne que la Peste Ovarienne apparut. A ce moment-là, tout se brisa. Les femelles devinrent stériles, toutes sans exception. Dès l'apparition des premières malades, tous les autres Comtés fermèrent leurs frontières, isolant ainsi tous les Comtés de l'Est du reste du Royaume des Gaules. Aucun cas de cette peste ne fut déplorée ailleurs. Seules les régions que dirigeait Langued'Oc souffraient de cet étrange mal. Cet isolement accéléra l'épidémie et bientôt la stérilité toucha toutes les femelles. L' Ordre des Remédants* fut impuissant : les plus grands spécialistes furent dépêchés sur les foyers infectieux mais aucune découverte ne permit de soigner ces femelles. Seule certitude : l'infection ne touchait que la Femme. Ce mode de contamination provoqua une cassure dans la société des Comtés; les Hommes recherchèrent en vain la compagnie des Femelles extérieures, saines. Mais le blocus resta ferme. Les rapports entre les deux sexes à l’intérieur de ces Comtés se détériorèrent, chacun s’accusant mutuellement du mal qui les frappait. La stérilité des Femelles couplée à l'appétit sexuel non satisfait des Hommes amplifièrent la dichotomie des peuples de Langued’Oc. Cet homme, habitué aux honneurs, à la gloire, aux succès, fut confronté à sa propre incapacité à régler la maladie de ses sujets.
C'est aussi à cette époque que Langued'Oc perdit sa femme, Léane. Officiellement, sa mort fut attribuée à une chute de cheval dans la propriété de la Famille. Mais officieusement, les rumeurs avaient parlé d'un suicide, par dépit de ne pouvoir offrir une progéniture à son mari qu'elle adulait.
Depuis lors, Langued'Oc menait son Jihad dit Languedocien, contre ce qu'il appela plus tard la lâcheté des autres Comtés et l'isolement de son peuple martyr. Grâce à ses talents d'orateur, il exhorta les foules à réagir, à lutter contre le sort. Les tensions entre les hommes et les femmes disparurent au profit d’une haine commune. Il lança par la suite l'idée d'une croisade contre la Fertilité insolente des autres Cités et créa une armée secrète pour mener à bien son plan. La population inventa de nouveaux comportements sexuels qui évitèrent l'implosion et retinrent les maris chez eux.
Avec ses richesses et celles des Comtés, Langue d'Oc persuada les meilleurs savants de rejoindre ses laboratoires de recherches sur la Peste Ovarienne. Puissamment outillés et rémunérés, les scientifiques élaborèrent une solution extrémiste.
Peu de gens connaissaient l'existence de ces expériences.
D'ailleurs, le secret était bien gardé et le peuple pensait que ce n'était qu'une rumeur de plus.
Dans la cour, il n'y avait plus personne. Seule la Chariote Itinérante chargée de son matériel rappelait l'effervescence passée. Héfène ne distinguait plus les silhouettes. Demain le Jihad va vraiment débuter, se dit-elle, finies les humiliations, fini l'isolement. Jamais autant de futures souffrances ne m'auront procurées autant de jouissance!
Coda du Combattant - Confrérie Anachronique
Héfène regardait ses hommes se préparer. Leur paquetage les rendait un peu pataud. Dès leur approche en Comté de la Haute-Muraille, ils troqueraient leurs armures contre les braies traditionnelles de la Vallée des Baronnies. Pour mieux se fondre dans l’environnement hostile. Le petit groupe s'affairait autour de la Chariote Itinérante. A cause du froid glacial, un véritable nuage émanant des respirations bruyantes des soldats rendait la scène quelque peu mystérieuse. Cela plaisait à Héfène.
Elle avait décidé d'opter pour un commandement de fer. Ses recommandations auprès des soldats avaient été sans ambiguïté : elle tuerait de ses mains celui ou celle qui lui désobéirait ou ferait une faute. Et la tête de la victime prendrait une place de choix dans sa collection déjà bien fournie. Le visage terrifié des Combattants lui donna un indice sur son taux de persuasion.
La Guerrière élabora elle-même sa stratégie de progression : une première voiture partirait en patrouille avec elle à son bord. Le premier contact avec les autochtones devait parfaitement se dérouler.
Suivrait le reste des troupes dans quatre Chariotes Itinérantes, réparties en deux vagues consécutives.
Le noyau féminin du Corps serait réparti sur les cinq Chariotes.
Le Voyage serait long. Héfène n'avait pas prévu plus de deux arrêts. Ils rouleraient toutes les nuits et en cette période, elles étaient longues. Durant le jour, les Guerriers récupéreraient.
Le départ approchait.
Héfène, excitée, trépignait dans le froid. Son désir d'annihiler le village d'Esparros lui procurait une profonde jouissance. Elle représentait en fait un palliatif à sa stérilité. Elle le savait. D'ailleurs, elle redoutait la confrontation entre les Femmes de son Groupe et les femelles Ordinaires du village. Cette haine viscérale qui brûlait dans le sang de ses guerrières risquaient de les démasquer. Elle décida que les intrusions dans le village s'effectueraient par des binômes masculins. Et qu'elle consentirait à quelques ébats sexuels à l'intérieur du Groupe, agrémentés de déviances que seul un peuple stérile pouvait imaginer afin d’atténuer les tensions.
Héfène avait choisi son Régulier pour être des leurs. Elle ne parvenait pas à savoir si la raison du plaisir vénal l'avait emporté sur la raison professionnelle dans son choix. Qu'importe après tout. Tinzo est un bon élément, s'était-elle dit, une fine lame et un tordu sexuel.
Elle se demandait si les Ordinaires connaissaient aussi les délices des Amours Interdits. Avaient-ils eux aussi, un éveil sexuel comme son peuple?
Elle balaya cette pensée par un hochement de tête. Elle tourna son regard vers la Tour Carrée où par une fenêtre éclairée, Azergon surveillait les préparatifs de l'expédition. Elle devinait son visage de vieillard déformé par les années. Derrière ce regard bleu-vif se cachait un être complexe, un véritable symbiote du grand Langued'Oc. A ses côtés, ce simple Ordinaire avait acquis des pouvoirs immenses et son dévouement était à leurs mesures.
Héfène le trouvait attirant. Bien sûr, ses prouesses sexuelles ne devaient pas être exceptionnelles mais elle lui trouvait autre chose. Elle ne pouvait le définir. Simplement, il lui plaisait. Et cela lui suffisait. Elle aimait à le titiller; son âge ne le rendait plus aussi hardi pour dominer ses réactions et Héfène en profitait. Elle se promit qu’en revenant victorieuse de sa mission, elle l’obligerait à plier à ses pulsions sexuelles.
Une ombre s'approcha de celle d'Azergon. Langue d'Oc, le Grand Aumônier des Comtés de l'est. Aussi redoutable que laid. Héfène reconnaissait en lui un stratagème hors-pair. Il avait bâti son pouvoir avec des Grands du Royaume. Il s'était servi d'eux. Certains périrent à la suite de cette collaboration. Son réseau d'infiltration s'étendait, disait-on, dans toutes les Cités du Royaumes des Gaules. Certaines rumeurs faisaient état de ses relations au sein même de la Confrérie Anachronique. Le roi François en personne l'aurait côtoyé dans sa jeunesse et apprécié. Ses états de service pendant la Guerre des Génocides lui avaient permis de devenir le plus puissant des chefs de Comtés. C'est aussi sous son règne que la Peste Ovarienne apparut. A ce moment-là, tout se brisa. Les femelles devinrent stériles, toutes sans exception. Dès l'apparition des premières malades, tous les autres Comtés fermèrent leurs frontières, isolant ainsi tous les Comtés de l'Est du reste du Royaume des Gaules. Aucun cas de cette peste ne fut déplorée ailleurs. Seules les régions que dirigeait Langued'Oc souffraient de cet étrange mal. Cet isolement accéléra l'épidémie et bientôt la stérilité toucha toutes les femelles. L' Ordre des Remédants* fut impuissant : les plus grands spécialistes furent dépêchés sur les foyers infectieux mais aucune découverte ne permit de soigner ces femelles. Seule certitude : l'infection ne touchait que la Femme. Ce mode de contamination provoqua une cassure dans la société des Comtés; les Hommes recherchèrent en vain la compagnie des Femelles extérieures, saines. Mais le blocus resta ferme. Les rapports entre les deux sexes à l’intérieur de ces Comtés se détériorèrent, chacun s’accusant mutuellement du mal qui les frappait. La stérilité des Femelles couplée à l'appétit sexuel non satisfait des Hommes amplifièrent la dichotomie des peuples de Langued’Oc. Cet homme, habitué aux honneurs, à la gloire, aux succès, fut confronté à sa propre incapacité à régler la maladie de ses sujets.
C'est aussi à cette époque que Langued'Oc perdit sa femme, Léane. Officiellement, sa mort fut attribuée à une chute de cheval dans la propriété de la Famille. Mais officieusement, les rumeurs avaient parlé d'un suicide, par dépit de ne pouvoir offrir une progéniture à son mari qu'elle adulait.
Depuis lors, Langued'Oc menait son Jihad dit Languedocien, contre ce qu'il appela plus tard la lâcheté des autres Comtés et l'isolement de son peuple martyr. Grâce à ses talents d'orateur, il exhorta les foules à réagir, à lutter contre le sort. Les tensions entre les hommes et les femmes disparurent au profit d’une haine commune. Il lança par la suite l'idée d'une croisade contre la Fertilité insolente des autres Cités et créa une armée secrète pour mener à bien son plan. La population inventa de nouveaux comportements sexuels qui évitèrent l'implosion et retinrent les maris chez eux.
Avec ses richesses et celles des Comtés, Langue d'Oc persuada les meilleurs savants de rejoindre ses laboratoires de recherches sur la Peste Ovarienne. Puissamment outillés et rémunérés, les scientifiques élaborèrent une solution extrémiste.
Peu de gens connaissaient l'existence de ces expériences.
D'ailleurs, le secret était bien gardé et le peuple pensait que ce n'était qu'une rumeur de plus.
Dans la cour, il n'y avait plus personne. Seule la Chariote Itinérante chargée de son matériel rappelait l'effervescence passée. Héfène ne distinguait plus les silhouettes. Demain le Jihad va vraiment débuter, se dit-elle, finies les humiliations, fini l'isolement. Jamais autant de futures souffrances ne m'auront procurées autant de jouissance!
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