La Demeure du Passage : Acte 1, scène 7
Son visage déformé faisait penser à cet animal vivant dans la pourriture, sanguinaire et laid.
Extrait du Livre XXXIX - Confrérie Anachronique.
Azergon pensait que son idée serait géniale, qu'elle lui permettrait de satisfaire les exigences de son maître. En fait, il avait conscience qu'il jouait avec sa vie : un échec signifiait la mort - et connaissant la cruauté du Grand Aumônier, cette mort serait d'une douleur infinie. Sa vision sur la stratégie du Grand Aumônier laissait apparaître quelques interrogations; cependant l'immense pouvoir du maître l’apaisait dans ses doutes. Cette nuit, un nouveau chargement de femelles arriverait. Et avec lui, son cortège de cris, de pleurs et de supplications. Fort heureusement cela ne durait jamais bien longtemps, juste l'instant de l'Extraction *.
Azergon disposait d'un bataillon de dix-sept soldats, qu'il devait envoyer en Comté de la Haute-Muraille dans la Vallée des Baronnies. Triés parmi l'élite de l'élite, les dix-sept hommes et femmes du Corps d'Intrusion Armée infiltreront le village, guettant chaque instant les événements précédant le passage du nouveau Cycle. Toutes leurs actions détermineraient la survie de leur clan. Les femmes recrutées, toutes stériles évidemment, auraient plus à coeur que les hommes de compléter leur mission. Leur engagement lors des sélections avait montré‚ la motivation qui était enfouie au plus profond de leur haine.
Azergon ne s'y était pas trompé et avait sans hésitation nommé une femme à la tête du Corps : Héfène. Rompue à toute les situations d'intrusion et de combat, Héfène collectionnait les crânes de ses victimes; comble du goût, elle les décorait, les entretenait comme s'il s'agissait d'objets de valeur et les affublait de surnoms ridicules. On ne lui connaissait que cette distraction morbide mais presque légendaire. Cependant, cette nouvelle mission ne lui laisserait guère le loisir d'exercer son art. Il faudrait au CIA un mutisme de chaque instant, une attention régulière et une conduite camouflée au possible.
Azergon observait le regard d'Héfène qui venait de le rejoindre sur son ordre. Il ne pouvait s’empêcher de l'imaginer en train de peindre ses ossements aussi naturellement que s'il s'était agi d'un tableau. Il trouvait Héfène attirante, troublante; ses longs cheveux noirs anthracite faisaient ressortir son teint d'une rare pâleur. Malgré sa puissante musculature, la tueuse conservait des traits féminins et elle était même coquette. Même stériles, les femmes du Comté de l’Est n'oubliaient pas leur apparence - du moins, en général. Un sourire traversa l'espace du visage d' Héfène.
- Azergon, crois-tu que tes pulsions sexuelles envers ma personne soient bonnes conseillères?
Le Chambellan tenta vainement de masquer son embarras. Héfène poursuivit, profitant du mutisme de l’homme :
- Que ferais-tu si je cédais? Tu m'arracherais les vêtements comme un vulgaire Ordinaire ou bien tu me repousserais au dernier moment en invoquant la raison d'état?
Devant les yeux exorbités d'Azergon, Héfène éclata de rire jusqu'aux larmes. Reprenant ses esprits, le vieil homme engagea la conversation sur la mission à venir :
- As-tu contacté ce fermier au sujet de sa Demeure?
- Oui Azergon.
- Alors?
- Alors quoi, Azergon?
- Se doute-t-il de quelque chose?
- Absolument pas, Azergon.
- Tout s'est donc déroulé comme prévu?
- Non Azergon.
- Comment non!
Le Grand Chambellan se leva et se campa devant Héfène restée debout depuis le début.
- Si tu m'annonces l'échec, tu sais ce que cela signifie?!
- Ta mort.
- Et la tienne! hurla le Dignitaire.
Héfène sourit. Elle se dit : j'ai moins peur de la mort que de la vie, vieille mouchure, une femme qui ne peut donner la vie est déjà à moitié morte.
- Azergon, la Demeure du Passage est déjà occupée. Je n'ai pu réservé que son Annexe qui n'accueille que huit personnes.
- Mais le CIA est composé de dix-sept éléments!
- Réduisons-le!
- Impossible.
- ?.
- Muscaille de pie! Pour une mission discrète c'est parfait! Dix-sept personnes confinées dans une maison de poupée!
- Nous pourrions créer deux groupes qui patrouilleront chacun leur tour.
- C'est bancal et dangereux.
- Comme la vie, Azergon. Nous ne pouvons plus reculer... A moins de dire à Langue D'Oc que tu annules la mission pour incompétence.
- Il me tuerait à l'instant!
- Alors laissez moi carte blanche et je réduirais cette vallée en cimetière.
- N’échouez pas Héfène, ne me faites pas regretter mon choix.
- Ni les dieux ni le mal qui me ronge et me détruit ne m’arrêteront.
L’amazone se retira dans ses appartements sous le regard inquiet du Chambellan.
Extrait du Livre XXXIX - Confrérie Anachronique.
Azergon pensait que son idée serait géniale, qu'elle lui permettrait de satisfaire les exigences de son maître. En fait, il avait conscience qu'il jouait avec sa vie : un échec signifiait la mort - et connaissant la cruauté du Grand Aumônier, cette mort serait d'une douleur infinie. Sa vision sur la stratégie du Grand Aumônier laissait apparaître quelques interrogations; cependant l'immense pouvoir du maître l’apaisait dans ses doutes. Cette nuit, un nouveau chargement de femelles arriverait. Et avec lui, son cortège de cris, de pleurs et de supplications. Fort heureusement cela ne durait jamais bien longtemps, juste l'instant de l'Extraction *.
Azergon disposait d'un bataillon de dix-sept soldats, qu'il devait envoyer en Comté de la Haute-Muraille dans la Vallée des Baronnies. Triés parmi l'élite de l'élite, les dix-sept hommes et femmes du Corps d'Intrusion Armée infiltreront le village, guettant chaque instant les événements précédant le passage du nouveau Cycle. Toutes leurs actions détermineraient la survie de leur clan. Les femmes recrutées, toutes stériles évidemment, auraient plus à coeur que les hommes de compléter leur mission. Leur engagement lors des sélections avait montré‚ la motivation qui était enfouie au plus profond de leur haine.
Azergon ne s'y était pas trompé et avait sans hésitation nommé une femme à la tête du Corps : Héfène. Rompue à toute les situations d'intrusion et de combat, Héfène collectionnait les crânes de ses victimes; comble du goût, elle les décorait, les entretenait comme s'il s'agissait d'objets de valeur et les affublait de surnoms ridicules. On ne lui connaissait que cette distraction morbide mais presque légendaire. Cependant, cette nouvelle mission ne lui laisserait guère le loisir d'exercer son art. Il faudrait au CIA un mutisme de chaque instant, une attention régulière et une conduite camouflée au possible.
Azergon observait le regard d'Héfène qui venait de le rejoindre sur son ordre. Il ne pouvait s’empêcher de l'imaginer en train de peindre ses ossements aussi naturellement que s'il s'était agi d'un tableau. Il trouvait Héfène attirante, troublante; ses longs cheveux noirs anthracite faisaient ressortir son teint d'une rare pâleur. Malgré sa puissante musculature, la tueuse conservait des traits féminins et elle était même coquette. Même stériles, les femmes du Comté de l’Est n'oubliaient pas leur apparence - du moins, en général. Un sourire traversa l'espace du visage d' Héfène.
- Azergon, crois-tu que tes pulsions sexuelles envers ma personne soient bonnes conseillères?
Le Chambellan tenta vainement de masquer son embarras. Héfène poursuivit, profitant du mutisme de l’homme :
- Que ferais-tu si je cédais? Tu m'arracherais les vêtements comme un vulgaire Ordinaire ou bien tu me repousserais au dernier moment en invoquant la raison d'état?
Devant les yeux exorbités d'Azergon, Héfène éclata de rire jusqu'aux larmes. Reprenant ses esprits, le vieil homme engagea la conversation sur la mission à venir :
- As-tu contacté ce fermier au sujet de sa Demeure?
- Oui Azergon.
- Alors?
- Alors quoi, Azergon?
- Se doute-t-il de quelque chose?
- Absolument pas, Azergon.
- Tout s'est donc déroulé comme prévu?
- Non Azergon.
- Comment non!
Le Grand Chambellan se leva et se campa devant Héfène restée debout depuis le début.
- Si tu m'annonces l'échec, tu sais ce que cela signifie?!
- Ta mort.
- Et la tienne! hurla le Dignitaire.
Héfène sourit. Elle se dit : j'ai moins peur de la mort que de la vie, vieille mouchure, une femme qui ne peut donner la vie est déjà à moitié morte.
- Azergon, la Demeure du Passage est déjà occupée. Je n'ai pu réservé que son Annexe qui n'accueille que huit personnes.
- Mais le CIA est composé de dix-sept éléments!
- Réduisons-le!
- Impossible.
- ?.
- Muscaille de pie! Pour une mission discrète c'est parfait! Dix-sept personnes confinées dans une maison de poupée!
- Nous pourrions créer deux groupes qui patrouilleront chacun leur tour.
- C'est bancal et dangereux.
- Comme la vie, Azergon. Nous ne pouvons plus reculer... A moins de dire à Langue D'Oc que tu annules la mission pour incompétence.
- Il me tuerait à l'instant!
- Alors laissez moi carte blanche et je réduirais cette vallée en cimetière.
- N’échouez pas Héfène, ne me faites pas regretter mon choix.
- Ni les dieux ni le mal qui me ronge et me détruit ne m’arrêteront.
L’amazone se retira dans ses appartements sous le regard inquiet du Chambellan.
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