La Demeure du Passage : Acte 1, scène 4

Publié le par Le Balafré

Lorsque Léane mourut, son âme tomba dans les entrailles de la folie et perdit à jamais la raison.

Légendes des Comtés de l'Est - Langued'Oc le Maudit.





- Ne pensez-vous pas, Grand Aumônier, que nous devrions dépêcher une armée?
L’être, que son Mentat avait nommé "Grand Aumônier", était repoussant; ses lèvres fendues lui donnaient un rictus terrible, effrayant, comme pour stigmatiser son appartenance aux forces du Mal; son crâne rasé, luisait comme un odalisque  de marbre, en opposition avec son visage sombre où des yeux de braise s’enfonçaient profondément.
Il fixa son conseiller :
- Non, cher Azergon. Nous ne ferions que nous découvrir aux yeux des Ordinaires de la Vallée.
- Ils ne peuvent rien contre nous! s'emporta le Mentat. Notre puissance égale celle des Dieux!
- La puissance a besoin d'une pensée, Azergon. L'erreur serait de croire que nous sommes invincibles. La réflexion du Grand Aumônier surprit le conseiller : comment ce "presque-Dieu" peut à ce point douter de ses pouvoirs, si souvent redoutés. Tous les Comtés de l'est du Royaume des Gaules lui appartenaient, soumis sans opposition. Même la Confrérie Anachronique* se terrait dans un mutisme total. Comment alors comprendre les doutes du plus puissant des Comtés du Royaume? Azergon blêmissait.
Appréhendant les interrogations de son conseiller, le Grand Aumônier, Langued'Oc, poursuivit :
- Notre mission en est à sa génèse. Notre discrétion sera une arme absolue pour la poursuite du Jihad Languedocien. Nous devons imiter les termites et s'inspirer de leur travail souterrain. Nous grignoterons les Comtés de l’Intérieur en les rendant aussi stériles que nos femmes.
- Qu'allons-nous décider alors, car il faut bien terminer notre mission là-bas en Terre Hérétique. La Terminaison* nécessite une présence physique, nous ne pouvons l'éviter.
- Azergon, nous enverrons des espions en cette Vallée. Ainsi, nous pourrons à loisir observer et agir sans éveiller le moindre soupçon. Je vous charge de trouver les moyens afin de réaliser cette opération.
Langued'Oc fit un geste indiquant que l'entrevue s'achevait.
Les quelques bougies qui restaient allumées ne suffisaient plus à éclairer la Chambre du trône. Quelques reflets orangés venaient danser sur le visage du Grand Aumônier, accentuant l'aspect repoussant de l’être entier.
Sur le mur, en face du trône, se trouvait un tableau représentant une femme très belle d'une grâce presque magique. En la regardant, le grand Aumônier soupira :
- Nous vaincrons, Léane, nous vaincrons notre Peste Ovarienne *.
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